Jean-Luc Brassard n’est pas complètement vendu à l’idée de la candidature de Calgary pour les Jeux olympiques de 2026.

«Ça vaut la peine de poser des questions»

TROIS-RIVIÈRES — Jean-Luc Brassard n’est pas reconnu pour être tendre à l’endroit du mouvement olympique, tant canadien qu’international. L’ancien skieur acrobatique n’y va donc pas par quatre chemin lorsque vient le temps de discuter d’une potentielle candidature de Calgary pour les Jeux olympiques d’hiver de 2026.

Le champion olympique de Lillehammer 1994 n’est pas complètement opposé à la présentation de la grand-messe du sport amateur au Canada. Cependant, il prévient les porteurs du projet en Alberta de bien faire leurs devoirs avant de plonger dans des dépenses démesurées.

Pour Brassard, deux aspects méritent des éclaircissements avant d’engager toute somme d’argent public. Tout d’abord, l’ancien skieur acrobatique espère que la candidature olympique de Calgary ne deviendra pas un prétexte justifiant la construction d’un nouvel amphithéâtre pour les Flames de Calgary de la Ligue nationale de hockey aux frais des contribuables.

Les Flames ont fait savoir qu’ils avaient besoin d’argent public pour construire un nouvel édifice qui permettrait la survie de l’équipe en Alberta. Or, le maire de l’endroit, Naheed Nenshi, a souvent répété sur la place publique sa réticence à voir la population financer un aréna pour des propriétaires multimillionnaires.

«Le maire s’est fait vilipender. Ce n’est pas facile s’opposer aux Jeux olympiques. Mais ses réserves sont légitimes. Il faut avoir un esprit critique par rapport à ces grandes organisations qui ont fonctionné dans l’opacité quasi-complète pendant si longtemps. Ça vaut la peine de poser des questions. On est pas les seuls à poser des questions. Il y a plus de 10 villes européennes qui, par voie de référendum, ont refusé la candidature olympique, en disant que ce sont des coûts astronomiques qu’il ne sont pas en mesure d’assumer», rappelle l’ex-skieur acrobatique de 45 ans.

En second lieu, Brassard aimerait voir le Comité international olympique durcir le ton envers les tricheurs. Même si une proportion d’athlètes russes ont été exclus des Jeux olympiques de PyeongChang cet hiver, le dopage occupe une place encore beaucoup trop grande dans le mouvement olympique à ses yeux.

«Le CIO a l’obligation de mettre ses culottes. Il ne l’a pas fait avec la Russie, un pays qui a été réintégré à part entière malgré les scandales à répétition. Calgary a certainement tiré des bénéfices des Jeux de 1988. À cette époque, il y a eu des cas flagrants de dopage. En 2018, on a aussi vu à PyeongChang des cas flagrants. Qu’est-ce qu’il s’est passé entre ces deux Jeux olympiques? Rien. Si j’étais Calgary, je dirais au CIO qu’on va être candidat quand vous allez être clean. Il faut que les dopés soient bannis à vie de n’importe quelle compétition, tout comme les entraîneurs. Ça forcerait une certaine rigueur.»

À ce chapitre, le cas de Christine Girard a probablement permis de sonner l’alarme une fois de plus. La Québécoise a récemment reçu sa médaille d’or olympique en haltérophilie pour sa prestation exécutée lors des Jeux de Londres.... en 2012. Il y a six ans, elle avait remporté le bronze lors de la compétition. Depuis, les détentrices des deux premières positions ont été disqualifiées, à tour de rôle, pour dopage.

Au delà du fait que la championne olympique n’a pas pu vivre la frénésie de son titre pendant les Jeux olympiques, Brassard estime que cette situation a été lourde de conséquences pour la discipline de l’haltérophilie au pays.

«Quand Christine Girard ne reçoit pas la médaille qu’elle mérite de facto, c’est tout un sport qui subit le contrecoup. Notre organisme À nous le podium, que je dynamiterais, donne de l’argent aux sports qui gagnent des médailles. Si le sport n’en gagne pas, on sabre dans les budgets. C’est comme ça qu’on perd d’excellents entraîneurs et gestionnaires. On perd toute une pyramide de jeunes qui auraient pu être le futur de ce sport. Tout ça parce que le CIO continue à accepter des dopés, du monde toute croche, des fédérations opaques, des pays où on n’a pas le droit de regard.»