Marc-André Bergeron aura disputé 79 matchs dans l'uniforme du Canadien, dont 19 lors des séries de 2010.
Marc-André Bergeron aura disputé 79 matchs dans l'uniforme du Canadien, dont 19 lors des séries de 2010.

Bergeron se souvient du printemps Halak

Trois-Rivières — Il y a 10 ans, le Canadien virait le Québec à l’envers en atteignant la demi-finale des séries de la LNH. Marc-André Bergeron n’aura joué que 79 matchs avec l’organisation, mais il est tombé sur une cuvée spéciale, dont les partisans se souviennent encore aujourd’hui. Retour sur le Printemps Halak.

L’ancien défenseur de la LNH ne s’attendait pas à recevoir autant de demandes d’entrevues au cours du dernier mois.

Avec la planète sportive en pause, les chaînes de télévision alimentent la nostalgie en diffusant de vieux matchs, dont ceux du Canadien pendant les éliminatoires de 2010, présentés à la fin mars. Il s’adonne que Bergeron a eu son mot à dire dans les succès inattendus de l’équipe cette année-là.

Récapitulons. Durant l’été de 2009, le directeur général Bob Gainey – qui laissera sa place à Pierre Gauthier quelques mois plus tard – fait plusieurs acquisitions sur le marché des joueurs autonomes. Au revoir, Saku Koivu et Alex Kovalev, bienvenue à Scott Gomez, Mike Cammalleri et Brian Gionta.

Dès le match inaugural à Toronto, Andrei Markov, quart arrière de l’équipe à la ligne bleue, se blesse à un genou. Le Canadien a besoin d’un défenseur offensif et ça presse.

Chez lui, Marc-André Bergeron, nouvel agent libre, n’attend qu’un coup de fil. L’année précédente, il avait joué pour le Wild du Minnesota, mais une blessure allait compromettre son retour.

«J’étais sur le point de terminer ma réhabilitation quand Markov s’est blessé. On s’est entendu avec le Canadien et j’ai rejoint l’équipe après un bref séjour à Hamilton», se souvient celui qui n’est pas du genre à baigner dans la nostalgie.

«Sauf que mon année avec le Canadien occupe une place spéciale parmi mes beaux souvenirs reliés au hockey, avec la finale de la Coupe Stanley de 2006 dans l’uniforme des Oilers et mon championnat à Zurich, en Suisse.»

Cette année spéciale a en quelque sorte commencé avec le match du centenaire, le 4 décembre 2009. Bergeron était sur la glace quand le CH a vaincu ses éternels rivaux de Boston, 5-1.

Il a conservé la dernière rondelle utilisée lors de cette joute. «J’ai eu le bon réflexe de ramasser la rondelle, après avoir pris la photo d’équipe avec les légendes. Je l’ai encore!»

Le miracle de Washington

Le CH parvient à se classer de justesse pour les séries, en amassant un point contre les Leafs à la dernière partie du calendrier. Bergeron marque dans cette défaite en prolongation. Catastrophe évitée en cette dernière année des célébrations du centenaire.

Au premier tour se dresse un géant: les Capitals de Washington, champions de la saison régulière. Les prédictions des experts? Washington... en 3!

«Nous sommes entrés en séries sans momentum: il a fallu attendre une défaite des Hurricanes pour nous qualifier! On n’était pas dupes, les Capitals étaient les grands favoris avec les Backstrom et Ovechkin. Par contre, c’était une équipe jeune, qui n’avait pas encore nécessairement appris à gagner.»

Les Montréalais réalisent un grand coup en enlevant les honneurs du match un, mais perdent les trois suivants. Ils ont un genou au sol en revenant dans la capitale américaine pour la cinquième rencontre. C’est à partir de là que Jaroslav Halak devient pratiquement invincible devant le filet. Son brio permettra au Canadien d’éviter l’élimination... et de réaliser un petit miracle.

Dans le match numéro sept, c’est Bergeron qui procure l’avance à son club, et avec son arme de prédilection de surcroît: un lancer frappé en avantage numérique. «Un de mes beaux buts en carrière. Et quelle passe de Gomez!»

Blessé au genou à sa première présence du match un, Bergeron ne joue pas beaucoup. On limite son utilisation à l’attaque à cinq. En saison, il pouvait passer 17 minutes sur la glace.

«J’avais une déchirure du ligament croisé antérieur. J’ai dû me faire opérer après les séries. C’est d’ailleurs ainsi que mon aventure avec le Canadien a pris fin.»

Le printemps de Halak... et Cammalleri

Le nom de Halak était sur toutes les lèvres au printemps 2010. Pour Bergeron, un joueur passe malheureusement sous le radar. «Je trouve qu’on ne parle pas beaucoup de Mike Cammalleri. Il a pourtant obtenu 19 points en 19 matchs! Si ce n’était pas de lui, Halak n’aurait pas pu réaliser ses exploits.»

Bergeron a adoré jouer avec lui. Il faisait partie du groupe de meneurs et le considère encore aujourd’hui comme un ami, à l’image des liens qu’il entretient avec Roman Hamrlik et Carey Price.

«Nous n’avions pas un leader absolu, mais plusieurs meneurs. Nous étions relativement jeunes aussi. Tout le monde contribuait. Des performances comme celle de Halak en 2010, on en a vu quelques unes depuis. Si ton gardien est hot au bon moment, tout peut arriver. J’ai regardé ses statistiques, il est encore très fiable quand il joue en séries. J’ai le souvenir d’un gars humble et discret, une très bonne personne.»

La folie

Bergeron n’a jamais eu la chance de soulever la coupe Stanley. Il a par contre vécu deux printemps mémorables dans deux villes canadiennes, Edmonton et Montréal.

«C’était la folie! À Edmonton, il y avait un cortège de partisans qui partait de l’autoroute jusqu’à l’aréna. À Montréal par contre, tout était centralisé autour du Centre Bell et à moins que je me trompe, c’est en 2010 que les fanions sur les voitures sont apparus. Quand on a battu Pittsburgh en deuxième ronde, nous avons vraiment commencé à croire en nos chances de gagner la coupe. Ce sentiment se développait tranquillement dans la chambre.»

Cela peut paraître surprenant, mais Bergeron estime que la victoire contre les Penguins a, dans sa perspective, plus de valeur que celle face aux Capitals.

«On parlait quand même des champions en titre! C’était l’année du but en or de Crosby aux Jeux olympiques de Vancouver, tout le monde voyait les Penguins répéter leurs exploits. Mais bon, nous n’avions pas fini de surprendre!»

Ce parcours de rêve devait prendre fin de manière abrupte, contre les Flyers. Cinq matchs et c’était terminé. L’attaque avait frappé un mur en troisième ronde.

«Ils avaient autant de momentum que nous, ils venaient de battre Boston après avoir tiré de l’arrière 0-3. C’était la fin d’une super saison, ma seule avec le Canadien.»

Comme Québécois, Marc-André Bergeron se considère privilégié d’avoir endossé l’uniforme bleu-blanc-rouge au sein d’un groupe qu’aucun partisan n’a oublié.

«Je redescendais à Trois-Rivières après nos matchs, j’ai donc vécu cette année entouré de mes proches et avec plusieurs francophones au sein de l’équipe. C’était une belle gang. J’aurais voulu que ça se prolonge. Mais tant qu’à avoir joué une seule année à Montréal, je prends celle-là plutôt que leurs cinq dernières!»