Bobby Smith (Halifax) et Ronald Thibault (Sherbrooke) ne s’entendent pas sur le dossier des bagarres dans la LHJMQ. Smith, un ancien porte-couleurs du Canadien, milite depuis quelques années pour le maintien de celles-ci.

Bagarres dans la LHJMQ: abolition, durcissement des sanctions ou statu quo?

TROIS-RIVIÈRES — Le dossier des bagarres dans la LHJMQ sera abordé de front jeudi par les 18 équipes du circuit Courteau, à Montréal. Si l’obtention d’un consensus des deux tiers des équipes est nécessaire pour modifier la réglementation existante, la dernière décennie démontre hors de tout doute que le phénomène des bagarres s’éteint de lui-même. Parler d’abolition des bagarres dans la LHJMQ est une erreur étymologique; les bagarres sont déjà interdites dans les règlements. Mais voilà, les conséquences pour les joueurs qui décident de se battre, au hockey, sont loin d’être les mêmes que dans les autres sports. Que ce soit au baseball, au football, au basketball, par exemple, des joueurs qui sont pris à s’échanger des coups de poing sont automatiquement expulsés du match en cours, sans possibilité de retour. Et bien souvent, une suspension leur pend au bout du nez par la suite. Mais pas au hockey. Ainsi, certains dirigeants d’équipes de la LHJMQ aimeraient que les sanctions imposées en cas de bagarres soient encore plus sévères qu’elles ne le sont actuellement et c’est la raison pour laquelle un vote sur cet épineux dossier est à l’agenda jeudi. La Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2I) vous offre différents points de vue qui seront exprimés autour de la table lors de cette réunion qui aura peut-être un caractère historique. Bonne lecture! 

Ce n’est pas parce qu’un vent s’est levé pour tenter d’interdire les bagarres dans la LHJMQ que Bobby Smith va suivre le courant. L’ex-joueur du Canadien de Montréal persiste et signe: à son avis, aussi paradoxal que ça puisse paraître, les batailles permettent aux joueurs d’être davantage en sécurité sur la glace.

La réflexion de Smith, qui est à la tête de l’une des plus importantes franchises du circuit, les Mooseheads d’Halifax, est connue depuis des années. Il y a eu cette longue lettre signée dans le Globe and Mail. En juin 2016, tout juste avant le repêchage, il avait aussi convoqué les journalistes pour faire la promotion des bagarres et de l’aspect spectacle en général, dans un contexte où plusieurs marchés devaient composer avec des baisses d’assistance.

Smith sait que sa position ne fait plus l’unanimité autour de la table des décideurs. La preuve, une équipe a demandé un vote dans le cadre de la réunion de jeudi à Dorval afin d’expulser les joueurs pris à jeter les gants au cours d’un match, et même à les suspendre. Il se promet bien de faire valoir son point de vue. «Je crois toujours que notre ligue est plus sécuritaire quand les bagarres sont tolérées. Les commotions cérébrales, elles sont infligées par des mises en échec par-derrière, des coups vicieux et des mises en échec à la tête. Si on enlève complètement les bagarres, est-ce qu’il y aura plus de coups du genre? Je pense que oui», lance Smith, en dérogeant à sa politique habituelle de ne pas discuter de l’agenda avant la réunion.

Selon lui, le simple fait de tolérer les bagarres devient un frein pour certains joueurs plus téméraires. «Les joueurs n’ont pas à se battre. Ce n’est pas les bagarres qui, directement, maintiennent le respect, mais bien la menace qu’il peut y en avoir.»

Smith veut être clair, il ne s’ennuie pas des soirées folkloriques. Pas question de revenir au vaudeville, ou d’encourager les équipes à recommencer à faire appel à des matamores. La ligue a changé, et pour le mieux. Le nombre de bagarres s’en va en diminuant chaque saison. «L’idée, ce n’est pas de revenir à l’époque des Broad Street Bullies. Je suis très à l’aise avec le nombre de bagarres actuellement, environ une aux quatre matchs. Je le répète, c’est la menace de peut-être à devoir répondre de tes actes qui est importante pour maintenir un certain degré de respect. Il n’y a pas de formule parfaite, mais je pense que notre ligue est mieux avec que sans les bagarres.»

Et si la LHJMQ adoptait le protecteur facial complet, comme la NCAA? Encore là, Smith émet certaines réserves. «À mon avis, le protecteur facial complet n’est pas une bonne idée. Il y a eu une étude il y a quelques années, et il y avait eu plus de blessures au hockey universitaire canadien que dans le junior. Je parle aussi à des entraîneurs du hockey universitaire, plusieurs sont des anciens de notre ligue. Ils sont bien placés pour témoigner et ce qu’ils me disent, c’est que le jeu est plus vicieux dès qu’il y a utilisation du protecteur facial complet!

En terminant, Smith dit ne pas avoir mesuré ses appuis au cours des derniers jours, même si c’est un dossier important à ses yeux. Il s’attend à des discussions positives et respectueuses jeudi.

«Je ne sais pas comment le vote va se terminer. Je vais arriver à la réunion avec l’esprit ouvert. C’est ce que tout le monde autour de la table doit faire. Je suis convaincu que la discussion sera très intéressante. Puis, les équipes se prononceront et nous verrons le résultat», conclut-il.