Kevin et Timmy Hansen bataillent en ce moment pour le titre mondial du rallycross.

Bagarre fraternelle chez les Hansen

TROIS-RIVIÈRES — Ce sont les frères Hansen, mais pas ceux que vous pensez. Non, Kevin et Timmy ne jouent pas au hockey dans un film culte des années 70. Les deux Suédois sont pilotes de rallycross à temps plein, actuellement impliqués dans une bataille à finir pour le titre de champion du monde de leur discipline.

Les Hansen sont arrivés à Trois-Rivières à la fin de la semaine gonflés à bloc avec leurs voitures Peugeot. Le plus jeune des deux, Kevin, distance son grand frère par six points au classement général. C’est une chaude lutte, mais une lutte amicale, il faut le préciser.

«On ne course jamais l’un contre l’autre, on course ensemble», assure Timmy, vainqueur de l’édition 2016 du GP3R. «En fait, Kevin est la seule personne contre qui j’accepte de perdre! Il est mon meilleur ami, on a grandi ensemble derrière le volant et je trouve que c’est un grand privilège de vivre tout ça à ses côtés.»

Gray Leadbetter (ARX2) était l’une des pilotes les plus populaires au parc portuaire.

Qu’est-ce que c’est au fond, «tout ça»? C’est un horaire de courses complètement fou. En l’espace de quelques semaines cet été, les Hansen auront traversé l’océan Atlantique quatre fois. Ils sont bien sûr des acteurs importants du Championnat mondial de rallycross, mais ils participent aussi aux activités d’une nouvelle série, les Titans rallycross sur le continent européen.

«Après Trois-Rivières, on retourne en Europe, au Portugal plus précisément. Puis, nous reprendrons l’avion pour aller en Utah, aux Nitrus World Games. C’est une grosse compétition de plusieurs sports motorisés. Aucun doute que c’est notre année la plus occupée et la plus excitante!»

Revenir de loin

Pourtant, rien de tout cela ne semblait possible il y a huit mois à peine. Avant Noël, les équipes de rallycross nageaient dans l’incertitude alors que plusieurs pilotes de renom quittaient le championnat mondial. Les manufacturiers en faisaient autant, insatisfaits des décisions prises par le promoteur IMG quant à l’avenir de la discipline. L’idée de créer un volet de rallycross électrique a entraîné de la confusion.

L’action n’a pas manqué au parc portuaire.

Au final, le Championnat mondial de rallycross a survécu à cette tempête. Ceci dit, plusieurs ont préféré quitter. Il y aura une quinzaine d’inscrits à Trois-Rivières cette fin de semaine, mais des étoiles comme Johan Kristoffersson, Sébastien Loeb et Petter Solberg brillent par leur absence.

De l’avis de plusieurs, le départ de certaines têtes d’affiche et des constructeurs a permis de resserrer le classement: désormais, tout le monde peut gagner en rallycross. Jusqu’à maintenant, les Hansen misent sur un léger avantage.

«C’est le meilleur spectacle que le sport motorisé a à offrir. Les courses sont courtes et dans tous les coins, tous les tours, on ne ménage ni nos pneus ni l’essence. Difficile à battre, non?», répond Timmy Hansen, lorsque questionné sur l’avenir de sa discipline.

Contrairement à d’autres séries et d’autres sites, il est assez facile, au GP3R, de fraterniser avec les pilotes et les membres des équipes.

«Je crois que le rallycross va toujours exister, il y a certainement une demande pour ça. On le perçoit bien sur les réseaux sociaux.»

Gérante de l’équipe de ses fils, Susann Hansen ne peut contredire son plus vieux. Ceci dit, elle a eu peur, pendant le temps des Fêtes, d’être privée de sa passion des courses en 2019. «Nous étions tellement loin à un certain moment, c’était déprimant et inquiétant», confirme la maman des deux pilotes suédois. «Notre famille était dans le rallycross avant qu’ils ne viennent au monde. Ils ont grandi avec ça alors oui, on s’est vraiment questionné à savoir ce qui allait se passer. De les voir batailler pour le Championnat mondial en ce moment, c’est une grande délivrance. Ça signifie beaucoup pour nous.»

D’autant plus lorsqu’on constate le chemin parcouru depuis la dernière course du calendrier 2018, en Afrique du Sud. «Après cette manche, tout le monde était dans le néant. On perdait nos commanditaires, les moyens financiers du constructeur Peugeot et un de nos pilotes, Sébastien Loeb. On s’est retroussé les manches pour retrouver des partenaires et finalement, nous sommes parvenus à trouver le budget pour rouler en rallycross cette année. On est très heureux aujourd’hui!»

Photo: Olivier Croteau 2019/08/02 Trois-Rivieres Quebec Canada. GP3R. RallyCross.

La transition vers le rallycross électrique demeure nébuleuse, mais Susann Hansen espère que son équipe en fera partie. «Dans 10 ou 15 ans, il y a de fortes chances que c’est où nous en serons avec ce sport. Nous pourrons dire que nous y étions dès les débuts.»

Travaillant pour la firme IMG, Jérôme Larive reconnaît que le rallycross «a perdu de sa puissance de feu, ses gros budgets.» Mais il ajoute que la discipline a gagné en compétitivité. «Ça coûte entre 1 et 1,5 million d’euros pour les équipes par saison. Il y a de belles luttes au classement.»

Si l’équipe des Hansen a une légère longueur d’avance, GC Kompetition caresse de grandes ambitions à Trois-Rivières. Trois des cinq pilotes de l’écurie sont des francophones: les Français Cyril Raymond et Guerlain Chicherit ainsi que le Belge Guillaume De Ridder. «Si on gagne en fin de semaine, on saute dans la rivière», a affirmé Chicherit... en pointant le fleuve St-Laurent! «Si ça arrive, toute l’équipe y va», rétorque De Ridder, en vantant les installations trifluviennes. «Comme disent les Québécois, c’est pas mal le fun ici.»

Photo: Olivier Croteau 2019/08/02 Trois-Rivieres Quebec Canada. GP3R. RallyCross.

Pilotes locaux sous les projecteurs

Les pilotes de la série phare de ce premier week-end proviennent des pays scandinaves et des pays baltes. Il y aura aussi des Français, un Belge, un Russe, un Hongrois et des Britanniques. C’est sans compter les Américains du Championnat de rallycross des Amériques et son petit frère, le RX2.

Il faudra regarder vers les autres séries que le rallycross pour voir des Québécois. Parmi les pilotes locaux, on compte notamment Sylvain Arseneault (quads), Tommy Lemieux (motos), Marc-Antoine Camirand (camionnettes McGregor) et Andrew Ranger (côtes à côtes McGregor).

Carnet de notes

Anecdote plutôt ironique: seul pilote canadien à prendre part à l’une ou l’autre des trois séries de rallycross, Steve Arpin aurait été le seul à avoir rencontré des difficultés pour traverser les douanes, pour des questions de logistique...

Scott Speed sera l’homme à battre du Championnat des Amériques.

Le directeur général du GP3R, Dominic Fugère, faisait remarquer avec fierté que Trois-Rivières est le seul endroit au monde à accueillir autant une épreuve du Championnat mondial de rallycross que du Championnat des Amériques...

Parlant de Fugère, le résident de Sainte-Geneviève-de-Batiscan a été victime d’une panne d’essence pour la deuxième fois en autant d’années. Jamais deux sans trois vers la 51e édition?...

L’organisation du GP3R s’attendait à voir le constructeur Honda joindre les rangs du Championnat des Amériques (ARX), mais ce ne sera pas pour cette année, au grand dam d’Alex Tagliani, qui pourrait être intéressé à devenir un pilote régulier de cette série...

Un Jamaïcain, Fraser McConnell, mène actuellement le Championnat ARX2. Son père, Peter, a fait le voyage à Trois-Rivières et a parlé aux organisateurs de son intérêt à construire, chez lui en Jamaïque, une piste de rallycross. «J’ai une grande terre, mais il me manque un peu d’argent», a lancé le coloré personnage.