L'Italienne Arianna Fontana n'a laissé planer aucun doute sur ses sentiments en montant sur le podium pour recevoir sa médaille d'argent du 500m féminin en courte piste!

Après la déception, la jubilation pour Éric Bédard

Quand Arianna Fontana a franchi la ligne d'arrivée de la finale du 500m jeudi, Éric Bédard n'a pas réalisé qu'il remportait, du coup, sa première médaille en carrière à titre d'entraîneur. Il pensait plutôt à invectiver l'officiel, en quête d'explications quant à la décision de continuer une course ayant pris une tournure inattendue, six secondes après le départ.
Une chute précoce de Fontana, provoquée par la patineuse britannique Elise Christie, n'aura toutefois pas causé de catastrophe. Bien que tous les athlètes de l'Italie auraient préféré accueillir une championne olympique dans leur pavillon, la deuxième place de Fontana, vedette incontestée de son équipe de patinage de vitesse, a été célébrée en grand. Bédard, qui a pris le relais d'un programme en perte de vitesse en 2010, savourait le moment en compagnie de sa jeune protégée et de dizaines d'autres personnes quand Le Nouvelliste l'a joint, hier en fin de soirée à Sotchi.
«On essaie de survivre», a lancé le Québécois, qu'on devinait avec un large sourire accroché aux lèvres. «Tout s'est passé très rapidement dans les instants suivant la course. Après la remise des fleurs à l'aréna, nous avons convergé vers la Place des médailles et répondu aux questions de nombreux journalistes, puis notre monde nous attendait à la Maison de l'Italie.»
Les célébrations se sont poursuivies là-bas pendant quelques heures. Et pour cause! Ce moment, Bédard y rêvait depuis plusieurs mois. Le fait de repenser toute la structure du programme italien a ajouté de la pression à l'ex-olympien. «J'ai pris la place de deux entraîneurs locaux et j'ai amené avec moi un ami de longue date (Keenan Gouadec)... un autre étranger à leurs yeux! On avait une lourde commande sur les épaules, mais c'est tellement satisfaisant. Ils ont bien fait de croire en notre projet. Et le plus beau là-dedans, c'est que nous pourrions ajouter d'autres podiums d'ici la fin des Jeux. On flotte sur un nuage!»
Se calmer
Mais avant de flotter, Éric Bédard a pesté. Il a encore de la difficulté à comprendre la décision de l'officiel. «La Britannique a littéralement sorti de piste les prétendantes numéro un et deux. Or, le règlement stipule que lorsque plus de la moitié des patineuses tombent, l'arbitre peut décider de reprendre la course. Il n'a cependant pas utilisé son droit de veto, prétextant qu'il était trop tôt dans l'épreuve.»
La quatrième favorite a finalement récolté l'or, devant une Fontana désemparée. Les entraîneurs l'étaient aussi. «Il a fallu qu'on se calme, surtout devant Fonta. La médaille d'argent goûtait amer dans les premières minutes, mais plus le temps avançait, mieux on se sentait. C'est là que j'ai réalisé notre exploit. C'est cool, gagner une médaille en tant qu'entraîneur!»
Les sentiments par rapport à l'accomplissement diffèrent de ceux vécus à Nagano, Salt Lake City et Turin. «Comme athlète, tu as parfois juste une chance d'aller aux Jeux. Moi, j'ai été privilégié, mais mes médailles, je les ai savourées comme si c'était les dernières à chaque fois. Le coach a plus d'opportunités... du moins s'il fait la job!»
Le Mauricien a vécu intensément les cérémonies de remise des médailles. «J'ai eu des frissons en voyant le drapeau et le beau sourire d'Arianna. On passe 45 semaines par année avec eux: des amitiés se créent, même si on se retrouve dans un rôle d'autorité.»
Malgré l'extase provoquée par ce premier succès de l'Italie au Palais des sports de glace Iceberg, Bédard et sa fédération ne précipiteront pas les négociations en vue d'un futur contrat, assure-t-il. «Si on négocie maintenant, je suis reconduit pour un autre quatre ans, s'esclaffe l'orgueil de Sainte-Thècle. Ils sont très émotifs les Italiens. De toute façon, pour le moment, je mets toutes mes énergies pour les épreuves, dont le relais féminin. Une fille heureuse comme l'est Arianna présentement peut causer des surprises.»
Et des frissons!