Javier Herrera n’avait jamais travaillé de sa vie à l’extérieur du baseball. Pourtant, ses employeurs chez FAB 3R se disent très heureux de son dévouement depuis qu’il a rejoint l’équipe il y a environ un mois.

Troquer le bâton pour le chariot élévateur

En ces temps de Série mondiale, ça jase un peu de baseball parmi les quelque 150 employés de l’entreprise FAB 3R, sur le boulevard du Saint-Maurice à Trois-Rivières. Tous ont leur opinion, mais l’avis de l’un d’eux est particulièrement populaire. C’est normal, il est lui-même joueur de baseball professionnel. On se fie donc à l’expertise de Javier Herrera pour analyser les forces en présence!

Le voltigeur des Aigles Javier Herrera a rejoint l’équipe de FAB 3R il y a environ un mois, où il travaille comme manœuvre. «C’est la première fois de ma vie que je suis un employé d’usine. À bien y penser, c’est la première fois que je travaille à l’extérieur du baseball», concède l’athlète de 32 ans, qui a délaissé le chariot élévateur pendant 15 minutes pour répondre aux questions du Nouvelliste.

Originaire du Venezuela, Herrera a quitté son pays natal au milieu de l’adolescence. 

Dès l’âge de 16 ans, les Athletics d’Oakland l’enrôlaient au sein de leur club-école dans la Ligue des recrues.

Notre homme, même s’il n’était pas encore majeur, figurait parmi les beaux espoirs vénézuéliens du baseball. Dans ces circonstances, on joue au baseball à l’année.

«Je n’ai jamais pensé à l’époque que je devrais faire autre chose de ma vie. Mais un jour, tu comprends qu’il y aura une suite après le baseball. Tu dois penser à ton avenir pour ta famille.»

Il y a deux ans, Herrera et sa famille ont quitté le Venezuela et demandé l’asile politique au Canada. 

Après des mois d’incertitude, ils ont obtenu le statut de réfugié, grâce à l’implication d’acteurs politiques et de l’appui de la communauté.

Ayant passé par toute la gamme des émotions, Javier Herrera n’hésite pas, désormais, à parler de Trois-Rivières comme de sa ville et certaines personnes qui l’ont appuyé au fil du temps sont devenues des amis.

«J’ai déjà dit que je ferais tout ce que je peux pour m’intégrer ici. Je suis très reconnaissant qu’on m’offre cette opportunité. Les gens nous reconnaissent dans la rue, ils savent notre histoire. On a de la chance, surtout en ces temps difficiles au Venezuela.»

Une embauche dans l’ère du temps

Si Herrera admet qu’il se questionnait au départ en appréhendant ses premiers jours au boulot, force est d’admettre qu’il se débrouille plutôt bien.

«Il est très rigoureux, c’est un bon travaillant», témoigne Yves Lacroix, l’un des trois dirigeants de FAB 3R.

«Javier n’avait pas d’expérience particulière, mais il est gâté par la nature côté physique. Les gens impliqués sur le plan sportif sont souvent de bons employés. Il est reconnaissant et conscient de son environnement. On voit tout de suite que c’est un gars d’équipe.»

Manipulation du chariot élévateur, nettoyage, déchargement de camions: Javier Herrera est un homme à tout faire dans l’un des entrepôts de l’usine. Son quotidien, il le compare à sa préparation pour une partie de baseball.

«Peu importe ce que tu fais, tu dois y trouver un certain plaisir. J’ai été super bien accueilli, les collègues posent des questions sur le baseball et j’apprends un peu le français en les écoutant. C’est un autre type de challenge, mais tout aussi sérieux que mon emploi avec les Aigles l’été.»

Bonne nouvelle, il devrait pouvoir continuer à jouer chez les Oiseaux en 2018, si ses services sont requis, évidemment. Son employeur est ouvert à l’idée, quitte à ce qu’il prenne un congé sans solde.

Chose certaine, Yves Lacroix et ses associés ne regrettent pas leur choix. «L’immigration comblera le manque de main-d’œuvre dans bien des secteurs d’activités au Québec. Chez nous, on recherche toujours des soudeurs monteurs et des machinistes. Même si Javier n’a pas de qualification particulière, il comble un besoin et on l’apprécie beaucoup.»

Herrera, lui, n’en revient pas du chemin parcouru depuis deux ans, quand il est arrivé en ville avec sa femme, ses deux enfants... et presque rien. «Les enfants sont comme les jeunes Québécois de leur âge et ma femme et moi travaillons. On ne pouvait pas demander mieux.»