LeVon Washington aurait peut-être atteint les Ligues majeures, s’il n’avait pas été incommodé par les blessures. Il compte devenir un des meneurs de l’équipe chez les Aigles, à Trois-Rivières.

Le Floridien qui a vu neiger

TROIS-RIVIÈRES — Le repêchage de 2009 du Baseball majeur est celui du lanceur des Nationals de Washington Stephen Strasburg, du joueur étoile des Angels de Los Angeles Mike Trout, considéré comme le meilleur de sa génération, et du troisième-but des Rockies du Colorado Nolan Arenado. Tout un trio, n’est-ce pas? Ce repêchage est aussi celui de LeVon Washington, un des nouveaux venus chez les Aigles de Trois-Rivières et dont la carrière a été ralentie par les blessures.

Choix de première ronde des Rays de Tampa Bay il y a 10 ans, Washington était reconnu, aux États-Unis, comme l’un des espoirs les plus intéressants dans le rôle de premier frappeur d’un alignement offensif. Les recruteurs ne tarissaient pas d’éloges à son endroit, sa vitesse et sa vision au bâton devaient le propulser jusque dans les ligues majeures.

À l’époque, le Floridien avait comme agent le réputé Scott Boras, qui a négocié bon nombre de contrats pour des joueurs de concession. Il n’est pas parvenu à s’entendre avec les Rays. L’année suivante, après une saison passée au collège, les Indians de Cleveland faisaient de lui un choix de deuxième ronde. Cette fois, il accepterait l’entente.

«J’étais dans les bons espoirs de l’organisation des Indians. Si je restais en santé, j’atteignais mon objectif. Ce n’est malheureusement pas ce qui est arrivé.»

Washington, un frappeur gaucher, n’a pas été épargné par la malchance. Opéré deux fois aux hanches, il a dû soigner des blessures à l’épaule droite et au pouce de la main droite pendant sa carrière. Son agressivité sur les sentiers en a pris un coup. Il a dû s’adapter à ces conditions. Visiblement, c’était frustrant.

«J’ai vu des gars comme Francisco Lindor, Jose Ramirez et Bradley Zimmer se développer dans les filiales, en même temps que moi. Difficile de ne pas penser que je pourrais moi aussi faire partie de l’équipe des Indians aujourd’hui. Mais ça ne sert à rien de ressasser les mauvais souvenirs. Plus jeune, je n’avais jamais été blessé et soudainement, j’ai dû commencer à composer avec ça.»

C’est durant le camp de 2016 que les Indians ont pris la décision de libérer Washington. Il venait de connaître un hiver encourageant à l’entraînement. Il s’est même permis de claquer un circuit dès sa première présence! «Le lendemain matin, je faisais face au lanceur Mike Clevinger. J’ai frappé un roulant vers le deuxième but. Je voulais impressionner, j’ai tout donné. En glissant, je me suis cassé le pouce. C’était terminé.»

Dans le baseball indépendant

Quelques semaines après sa libération, Washington s’engageait pour la première fois de sa vie dans le baseball indépendant, à Sioux City en Iowa, au sein de l’Association américaine. Là-bas, il a conservé une excellente moyenne au bâton de ,336. Puis, à sa seule saison complète en 2017, il a frappé pour ,293, claquant 19 doubles et 12 circuits au passage.

Qu’à cela ne tienne, il était déçu de la façon dont on l’utilisait. Le rôle de frappeur de choix ne lui plaisait pas, il tenait à jouer en défensive. On suppose que le gérant voyait les choses de façon différente, sans doute en raison de ses blessures du passé.

Insatisfait, Washington a donc été échangé avant le début de la saison 2018 aux Miners de Sussex, des adversaires des Aigles dans la Ligue Can-Am. Mais voilà, il n’a jamais été en mesure de s’entendre avec le gérant Bobby Jones, qui l’a gardé sur la liste des joueurs inactifs. Vous l’aurez compris, Washington n’a pas joué en 2018.

«L’appel de T.J. [Stanton, le gérant des Aigles] est arrivé au meilleur moment pour moi», sourit le principal intéressé, contacté par la direction des Aigles dès l’automne. «Je suis confiant de pouvoir aider cette équipe et je suis persuadé que je peux encore courir sur les buts, si je le fais de manière intelligente et que je prends soin de mon corps. J’adore la position de premier frappeur et c’est là que T.J. me voit. Il m’a confié que je patrouillerais le champ gauche. Je suis heureux!»

Même s’il admet avoir encaissé un choc en regardant la neige tomber, il y a une semaine, alors qu’il venait à peine d’arriver en ville! «C’est la première fois que j’en voyais autant au sol», réplique-t-il, en parlant du petit tapis blanc qu’on pouvait «admirer» sur le sol trifluvien, le 1er mai.

Élevé sur une base militaire à Guam

Comme la plupart des joueurs ayant roulé leur bosse dans le système du baseball affilé, LeVon Washington a beaucoup voyagé. Pour lui, en fait, les voyages ont commencé plus tôt. Il est peut-être le seul joueur dans l’histoire des Aigles à avoir vécu sur l’île de Guam, dans le milieu de l’océan Pacifique.

Son père Victor, un agent spécial du département de la justice américaine, travaillait alors pour la base militaire de l’endroit. Il entraînait des équipes de jeunes, dans laquelle se trouvait fiston. «Les distances, je connais ça», sourit Washington, qui est par la suite revenu en Floride, avant de s’exiler au Texas. Le profil du voyageur, voilà une précieuse qualité pour n’importe quel joueur de baseball indépendant! Reste à voir, pour Washington, si le corps suivra.

À 27 ans, il pourrait avoir encore quelques bonnes saisons devant lui. C’est du moins ce que les Aigles souhaitent, eux qui n’ont pas été gâtés à la position de premier frappeur l’an dernier.

Présentation au Memphis

Washington et la plupart de ses nouveaux coéquipiers seront officiellement présentés aux médias, mercredi en fin d’après-midi, au Memphis Cabaret du centre-ville de Trois-Rivières.

Cette conférence de presse marquera le début des activités de l’équipe.

Une soirée organisée pour les partenaires des Aigles suivra.