Julio Martinez a disputé 56 matchs avec les Aigles avant de faire défection.

Aigles: Julio Martinez fait défection

Le scénario catastrophe que les Aigles de Trois-Rivières redoutaient s'est produit. Le Cubain Julio Martinez a fait défection aux États-Unis alors que l'équipe était dans l'État de New York samedi.
Martinez, qui faisait partie d'un contingent de trois joueurs qui se sont joints à l'équipe cette saison, ne s'est jamais présenté au Palisades Credit Union Park, domicile des Boulders de Rockland, en vue de la pratique au bâton de l'équipe samedi après-midi. Au retour à l'hôtel, le joueur de 21 ans avait complètement disparu. La formation trifluvienne s'est montrée patiente, mais dimanche, il est devenu évident que Martinez avait fait défection.
Le directeur général des Aigles, René Martin, était bien déçu d'un tel dénouement, surtout qu'il s'agit du premier joueur cubain à faire défection depuis que le programme entre le pays des Antilles et la Ligue Can-Am a été créé.
«Ce que nous sommes sûrs, c'est que ce n'est pas à cause de la façon dont il a été traité avec nous. À partir de là, il n'y a rien que l'on puisse faire pour le ramener avec nous. Nous n'avons pas d'inquiétudes quant aux deux autres joueurs cubains, Alexander Ayala et Miguel Lahera.»
C'est qu'à la différence de tous les autres joueurs à avoir évolué avec les Aigles, les Capitales ou les Champions d'Ottawa - tous dans la trentaine -, Martinez est un espoir intéressant pour les équipes du Baseball majeur. Trois recruteurs étaient d'ailleurs venus épier ses performances cet été au Stade Stéréo Plus. Personne ne semble se faire d'illusions, il y aura un fort intérêt pour le voltigeur même si aucune des équipes ne l'a confirmé aux Aigles.
La présence de joueurs cubains dans la Ligue Can-Am s'est amorcée avec la présence de Yuniesky Gurriel en 2014 avec les Capitales de Québec, les grands meneurs de cette initiative qui a fait parler aux quatre coins de l'Amérique. En 2017, les Aigles avaient droit à trois joueurs de l'archipel à leur bord. 
Le président des Capitales, Michel Laplante, ne semblait toutefois pas craindre que cette défection mette fin à l'aventure cubaine, au terme d'une discussion avec la Fédération cubaine de baseball, lundi.
«On ne redoutait pas beaucoup ce scénario parce que chaque joueur que la Fédération nous a envoyé n'était pas à risque. Martinez, à son âge, sans enfants, il était le plus risque. En quittant, il laisse moins en arrière. Mais la Fédération nous a dit de ne pas nous en faire, qu'ils étaient victimes de la même chose et qu'on ne peut tout contrôler. Ils ont aimé qu'on les informe avant que ça ne sorte. Ils nous ont dit qu'en rien cet événement ne pouvait amener quoi que ce soit de négatif sur la belle entente que nous avons présentement.»
Un gigantesque précédent
La défection de Martinez crée un important précédent. Bien sûr, il est loin d'être le seul Cubain à avoir quitté le pays pour demander sa citoyenneté américaine et signer avec une équipe du Baseball majeur. Pas plus tard que l'an dernier, le jeune Luis Robert avait quitté l'équipe nationale cubaine en visite aux États-Unis - pour affronter des équipes de la Ligue Can-Am. Après avoir obtenu sa citoyenneté, il a paraphé une entente de 26 M$ avec les White Sox de Chicago. La différence, c'est que Martinez est sous contrat avec les Aigles. Jamais un joueur n'a fait défection alors qu'il appartenait à une équipe nord-américaine. Les Aigles ne l'ont d'ailleurs pas libéré malgré son départ.
«C'est une première. Le joueur ne peut pas, selon le contrat qu'il a avec Trois-Rivières, signer avec une autre équipe. Il ne peut pas signer avec une équipe du Baseball majeur, qui a toujours respecté les contrats avec les équipes, même indépendantes. Est-ce qu'il (Martinez) a bien compris la situation? Trois-Rivières va peut-être passer à l'histoire, parce que ce qui va se passer dans les prochains mois, on ne le sait vraiment pas, que ce soit avec les avocats ou le Baseball majeur.»
Pour Laplante, il n'y a pas de doute que Martinez va intéresser une équipe du Baseball majeur. Le voltigeur de 5 pi 8 po a disputé 56 matchs avec les Oiseaux cette saison, montrant une moyenne au bâton de ,298 en plus de produire 21 points et claquer sept coups de circuit. Tout ça alors qu'on le sentait fréquemment nerveux et timide sur le terrain. Laplante assure qu'il serait un choix de première ronde s'il était Américain.
«Ce que Cuba condamne, c'est que les Américains, par l'embargo, interdisent à ses entreprises privées d'offrir de l'argent pour aller chercher un joueur à Cuba. La seule manière de faire, c'est que le joueur se départisse de sa citoyenneté, et c'est désolant parce que ça amène à des fuites comme ça. Si les Américains offraient un montant comme ils le font avec les autres pays sur la planète, ça se ferait facilement. C'est pourquoi ils sont tristes et frustrés.»
Il faut donc se demander si la défection de Martinez déçoit réellement la Fédération cubaine. Après tout, elle pourrait forcer la main du Baseball majeur, du gouvernement et de la justice américaine à légiférer sur un tel cas, ce qui pourrait s'avérer payant pour l'île. Les Capitales et les Aigles ont préféré ne pas commenter cette possibilité.
Les deux équipes amorceront une série de trois matchs mardi au Stade Canac.