Entre son passage de joueur de football à boxeur professionnel, Adam Braidwood a été confronté à un parcours de vie passablement tortueux, ponctué d’une forte dépendance aux drogues et d’un long séjour en prison.

Adam Braidwood: de l'enfer à la lumière

LAVAL — C'est connu, bien des boxeurs sont loin d'être des enfants de choeur. Plusieurs ont d'ailleurs retrouvé le droit chemin grâce à la boxe. Pour Adam Braidwood, la boxe s'est avérée bien plus qu'un simple exutoire. Ce sport lui a fort possiblement sauvé la vie.

En théorie, le Britanno-colombien, qui a rendez-vous samedi avec Simon Kean au Centre Gervais Auto, devrait à peine finir de purger une lourde de peine de six ans de prison. Dans les faits, son dévouement à l’entraînement et une sobriété chèrement acquise lui ont plutôt valu une sortie prématurée du pénitencier. Une opportunité qu’il n’a pas bousillée, cette fois, après plusieurs essais difficiles et infructueux qui l’ont conduit vers une terrible déchéance.

C’est connu, bien des boxeurs sont loin d’être des enfants de choeur. Plusieurs ont d’ailleurs retrouvé le droit chemin grâce à la boxe. Pour Adam Braidwood, la boxe s’est avérée bien plus qu’un simple exutoire. Ce sport lui a fort possiblement sauvé la vie.

«Je viens d’une très bonne famille et j’ai eu des parents très compréhensifs qui m’ont toujours soutenu. J’ai eu toutes les chances d’avoir une bonne vie normale. Mais certains incidents sont survenus et ont changé le cours de ma vie», lance, en toute sincérité, le sympathique colosse de 34 ans, en entrevue avec Le Nouvelliste. «Ce sont mes parents et la boxe qui m’ont permis de rester en vie. Sans ça, je serais probablement mort, ou encore en prison.»

Il n’y a pas si longtemps, le mastodonte de 6pi 4po et plus de 250 livres faisait la pluie et le beau temps sur les terrains de football. Après un passage glorieux avec les Cougars de Washington State dans la NCAA, où il avait notamment été désigné meilleur joueur défensif de sa conférence en 2004, il a été choisi au tout premier rang du repêchage 2006 de la Ligue canadienne de football par les Eskimos d’Edmonton.

«J’ai toujours canalisé mon agressivité dans les sports. J’ai commencé le football tôt, à sept ans. Je donnais tout ce que j’avais. C’est comme ça que j’évitais de régler mes problèmes à l’époque. Si je me fâchais envers quelqu’un, je réglais ça lorsque je le retrouvais sur le terrain de football. Je le cognais dur et ça me faisait sentir mieux. Je n’avais pas beaucoup d’amis à l’époque et les gens ont commencé à m’accepter quand j’ai commencé à être bon au football.»

Insoutenable douleur
C’est une fois débarqué chez les Eskimos que la descente aux enfers s’est lentement amorcée. De son poste de joueur de ligne défensive, Braidwood n’a pas été épargné par les blessures. Ses genoux ont encaissé les chocs les plus durs. Petit à petit, les blessures se faisaient de plus en plus douloureuses au quotidien. Sont alors entrées en scène les différentes pilules pour contrer la douleur. Rapidement, Braidwood a développé une grande dépendance.

Incapable de faire plus de 10 pas sans être foudroyé de douleur, Braidwood s’est enfermé chez lui. Habité par la honte, il ne mettait plus le nez dehors, même pas pour faire son épicerie. Loin de ses coéquipiers, il s’est blotti dans sa demeure en s’intoxiquant aux antidouleurs.

De fil en aiguille, les Eskimos ont coupé les ponts avec lui. La chute s’est avérée brutale. «Quand tu vis des choses difficiles d’abus ou d’autre sorte, tu as le choix de les surmonter ou en devenir victime. J’ai eu de la difficulté à accepter le fait que je n’étais plus une vedette. Je suis donc devenu une victime, en succombant aux drogues, tant pour la douleur physique que la douleur émotionnelle», raconte, avec sa voix rauque, celui que l’on surnomme le Boogeyman.

«Ma vie était comme une chanson country. J’ai perdu ma maison, j’ai perdu mon camion, j’ai perdu ma copine, mon chien est mort, j’ai perdu tout mon argent, ma santé, ma réputation, ma carrière, ma liberté. Quand je sortais, je ne donnais même plus mon vrai nom aux gens.»

Après cette descente aux enfers, la situation ne s’est guère améliorée. Il a commencé à consommer de l’héroïne avant de perdre complètement le contrôle de sa vie. «Ça m’a mené dans un chemin très, très, très, sombre. Je côtoyais d’autres gens qui prenaient de la drogue. Quand je pensais à tout ce qui m’arrivait, ça me déprimait beaucoup. Puis, j’ai commencé à porter une arme et à faire des choses terribles aux gens pour soutenir ma dépendance.»

Au trou
Inévitablement, tous les éléments étaient réunis pour guider Braidwood en prison. La réalité l’a rattrapé en 2010 lorsque les policiers lui ont mis la main au collet.

Derrière les barreaux, sa dépendance aux antidouleurs et aux autres drogues l’a rendu fou. Il a tenté à quelques reprises de se défaire de ses démons, avant de rechuter à chaque fois. «J’ai eu plusieurs occasions de reprendre le contrôle de ma vie, mais je ne les ai pas saisies. Je croyais que j’allais finir par sortir, demeurer un drogué, continuer à commettre des crimes pour faire un peu d’argent. Quand je traversais des cures d’héroïne, je me laissais simplement choir sur le plancher. Je gisais dans mon vomi et ma merde. À un certain moment, je n’ai pas dormi pendant une semaine complète. Tout mon corps me faisait mal. J’étais coincé au trou», raconte-t-il, sans détour.

Il y a presque un an jour pour jour, Adam Braidwood passait le K.-O. à Tim Hague, qui a rendu l’âme quelques jours plus tard.

De temps à autre, le joueur-vedette déchu reprenait goût à la vie et voulait retrouver la forme. Cependant, il partait de très loin. «Je plaçais mon matelas contre le mur ou au sol et je frappais dedans. Je me disais que je devais rester actif pour garder la forme. Je faisais un effort de 30 secondes et j’étais raide mort. Le lendemain, je réessayais pour une minute complète. Et ensuite deux minutes. J’ai commencé à reprendre des forces. Puis, j’ai reçu ma sentence de six ans. Je me suis dit que j’étais cuit.»

Quelque temps après, alors que tout semblait perdu aux yeux de Braidwood, un agent de probation a néanmoins tenté sa chance auprès de ce mauvais garnement en lui proposant un marché quasi irrésistible. «Il m’a dit que j’étais quelqu’un d’intelligent, mais il savait que je vendais de la drogue et que je faisais du trouble en prison.»

L’entente prévoyait donc une fin de peine en maison de transition plutôt qu’au pénitencier. Pour la mériter, Braidwood devait de son côté mettre un terme à certaines mauvaises fréquentations en plus de se soumettre à un test de dépistage de drogues chaque semaine. «Je l’ai fait pendant un an», dénote celui qui a reçu la visite de sa mère chaque semaine au pénitencier.

Une main tendue
À sa sortie de prison, Braidwood a repris l’entraînement. Sa vie était toutefois bien loin d’être parfaite. «Je vivais dans un refuge pour sans-abri. Il y avait plein de puces de lit, tous les gens autour étaient des drogués, affectés par plein de maladies. Ce sont parmi les pires personnes qui sont envoyées là. C’était humiliant.»

Néanmoins, son assiduité au gym lui a valu une offre inespérée de Mel Lubovac, de KO Boxing, pour se battre dans un gala à Edmonton. Aussi alléchante l’offre pouvait paraître, Le Boogeyman n’avait pas trop envie de retourner dans la ville où sa vie avait basculé.

Après réflexion, il a tout de même accepté de se battre contre l’Albertain Paul Mackenzie, jusque-là invaincu en neuf combats (8-0-1, 5 K.-O.).«Il était classé troisième au pays. Il était clairement favori, mais dans ma tête, il n’arriverait jamais à me battre. C’était mon occasion à saisir pour vivre une meilleure vie.»

Dès le deuxième round, Braidwood a envoyé son adversaire au pays des rêves.

Pour une vie meilleure
Depuis cette soirée de décembre 2015, il a accumulé 11 victoires de suite. Parmi celles-ci, on note celle aux dépens du regretté Tim Hague, qui a rendu l’âme quelques jours après sa défaite contre Braidwood. Son triomphe devant Éric Martel-Baohéli au Centre Vidéotron avait aussi fait couler beaucoup d’encre, lui permettant du même coup de faire le plein d’admirateurs dans la Belle Province.

À l’approche de son combat face à Kean, le Britanno-colombien affiche une grande confiance. La pression, il s’en balance. Après tout, il a déjà vécu bien pire, se plaît-il à rappeler.

«La pression, pour moi, c’était de retourner à Edmonton sous les projecteurs, dans une ville où j’étais devenu une disgrâce, où j’ai été arrêté, où j’ai joué au football professionnel, pour me battre contre un gars classé troisième au pays. Tout ça avec la chance de reprendre le contrôle de ma vie. Ça, c’est de la pression. Alors, samedi, contre Simon, ça ne sera rien comparé à ça.»

Sans surprise, Braidwood voue un énorme respect à sa gérante. Ce n’est pas un hasard s’il déploie autant d’énergie dans le gymnase en compagnie de son entraîneur Richard Lestage. C’est sa façon à lui de la remercier. «Mel m’a donné cette occasion de rendre ma vie meilleure. Et chaque combat est désormais une occasion pour moi d’améliorer ma vie et aussi améliorer la vie des gens autour de moi.»

Décidément, le récit d’Adam Braidwood ne manque pas de chapitres intéressants. Et le prochain s’annonce assurément palpitant, samedi à Shawinigan.

En défaisant Éric Martel, il s’est gagné bien des admirateurs au Québec.