Alain Vigneault jouit d'une relation privilégiée avec plusieurs athlètes de l'équipe olympique canadienne. Par son travail, il a notamment côtoyé Kim Lamarre, médaillée de bronze à l'épreuve de ski acrobatique en slopestyle.

À Sotchi pour travailler «la dureté du mental»

Vous ne le verrez jamais fondre en larmes sur un podium olympique, encore moins enlacer un de ses athlètes comme le ferait un entraîneur devant les caméras, quelques secondes après une descente sans faille ou un programme parfaitement exécuté.
Non, le travail d'Alain Vigneault se fait en coulisse, loin des médias et de la foule, mais il n'en demeure pas moins essentiel. Éducateur en psychologie du sport et préparateur mental, le Trifluvien d'origine prend part actuellement à ses troisièmes Jeux, ses deuxièmes d'hiver, à titre d'intervenant pour le Comité olympique canadien.
«Je suis un psychopédagogue, pas un psychologue», a-t-il tenu à spécifier en début d'entrevue, lorsque Le Nouvelliste l'a joint à Sotchi, où il venait d'assister aux compétitions il y a quelques jours. «Je travaille avec eux la dureté du mental, pour paraphraser Bob dans Les Boys!»
Comment arrive-t-il à tisser un lien de confiance avec l'olympien? D'abord, il faut savoir que les deux individus se connaissent déjà avant d'atterrir en Russie. On parle dans certains cas de 40 rencontres par année - parfois par le biais d'Internet -, notamment pour les adeptes du saut à ski.
«J'accompagne aussi quelques filles de l'équipe de hockey, les gens de slopestyle, de ski de fond ainsi que du biathlon. Ils me connaissent et gardent tous un cellulaire près d'eux en cas d'urgence, une fois installé au village olympique. Je dois être disponible 24 h sur 24.»
À Londres il y a deux ans, il a effectué près de 180 interventions. Dix éducateurs interviennent auprès des olympiens à Sotchi. «Souvent, c'est de l'écoute. On les laisse ventiler, certains souffrent de syndromes d'anxiété. On leur donne les outils pour qu'ils puissent s'en sortir.»
Pour y parvenir, Alain Vigneault cible deux aspects: la préparation mentale et la préparation psychologique, que l'athlète se doit de différencier. Selon lui, on a trop axé, ces dernières années au Québec, sur le volet «mental».
«La préparation mentale, c'est tout ce qui se rattache à la gestion du stress, la régulation, les routines de préparation, la concentration et la fixation des objectifs. C'est l'outillage dont bénéficie le sportif pour se préparer.»
La deuxième catégorie pousse un peu plus loin dans la théorie. «On aborde alors quel sens l'athlète donne à la compétition et sa perception des événements: est-ce que le verre est à moitié plein ou à moitié vide? L'estime de soi entre aussi dans cette classe.»
Des craintes
Vous comprendrez que le gros du travail ne s'accomplit pas pendant les Jeux. À l'instar des performances, la préparation psychologique s'échelonne sur un cycle de trois à quatre ans. Et l'exercice n'est pas toujours facile, autant pour l'athlète que pour Alain Vigneault.
«Leur principale crainte, c'est de décevoir parents, amis, public, chum ou blonde. C'est très difficile à gérer. Une fois aux quatre ans, ils sont sous les réflecteurs, traités comme des rock stars. En plus, c'est difficile de reproduire le contexte de compétition à l'entraînement quand on ne vit pas la fièvre olympique. C'est pour ça que l'on construit des plans avec eux.»
Vigneault a notamment beaucoup travaillé avec Kim Lamarre ces derniers mois. Médaillée de bronze à l'épreuve de slopestyle en ski, elle revient de loin. «Il s'agit de l'une des belles histoires de ces Jeux. Malgré sa blessure au genou et le fait que peu de gens croyaient encore en ses capacités, elle a continué à persévérer pour finalement aboutir sur le podium. Elle a réussi à me toucher!»
Mais son salaire et sa fierté envers ses protégés ne se calculent pas en médailles, ni en top-10. «Ce dont je suis le plus fier, c'est quand ils deviennent une meilleure personne, quand je sens que ma démarche a amené un développement sain de leur personnalité. Et mon plus grand salaire, ce sont les confidences profondes que je reçois. C'est un véritable privilège pour moi d'entrer dans leur vie intrapsychique.»
À l'inverse, il déteste quand les athlètes font de la «surgénéralisation», qu'ils remettent tout en question.
«Ça m'attriste quand ils sont incapables de nuancer leurs propos, de constater à quel point, parfois, ils ont un jugement sévère sur eux. On appelle ça la passion obsessive. D'un autre côté, ça en prend pour se rendre aussi loin dans leur sport. Il y a une forme de déséquilibre là-dedans: ils doivent apprendre à doser.»
Pour lui, la situation la plus difficile à gérer pendant les Jeux reste de passer d'un état actif à presque passif. «Je suis présent, mais en attente. Je ne fais jamais huit à douze rencontres par jour pendant les Olympiques alors que dans mon quotidien, c'est monnaie courante.»
À la fin de la compétition toutefois, «ses jeunes» sont toujours là. Et lui, fidèle au poste, refuse rarement l'accolade après une bonne performance. Loin des projecteurs!