Selon l'auteur, l'impérialisme américain est une bonne part de la crise syrienne.

Y a-t-il une solution à cette crise syrienne?

À la vue des images, presque insoutenables, d'enfants suffoquant et agonisant, nous n'avons aucun doute, Bachar el Assad a commis un acte odieux, abominable qui a soulevé l'indignation internationale. Et ce n'était pas la première fois! Voilà six ans que ce dictateur met son pays à feu et à sang pour garder le pouvoir. Aujourd'hui, après ces six années sous les bombes du régime Assad, les violences exercées par les djihadistes de l'État islamique, les tireurs embusqués, les drones et les bombardements provenant soit de la coalition ou d'autre part des Russes, qui tuent autant de civils que les djihadistes et les soldats d'Assad, la population tente de fuir la mort, les destructions et la pénurie de biens essentiels. On estime le nombre de réfugiés syriens dans le monde arabe et musulman à quelque quatre millions et on parle aussi d'un exode sans précédent de réfugiés vers l'Europe. Pour des gens affamés et effrayés, l'Europe et l'Amérique du Nord, c'est l'Eldorado.
Quelle est la cause de ce désastre humain? Soyons lucides, l'impérialisme américain pour une bonne part. En voulant s'approprier le pétrole de l'Irak dans les années 2000, il porte l'odieux de plus de 100 000 tués et a mis en danger le monde occidental, puisqu'il a été directement responsable de la création de l'État islamique, plus fanatique qu'Al-Qaïda, et par conséquent responsable des actes terroristes de par le monde et de la déstabilisation de tout le Moyen-Orient.
Même méthode pour la Libye. Sarkozy a attaqué la Libye avec l'appui des Américains pour avoir une mainmise sur ses champs pétroliers. Ils ont, par des raids aériens massifs, tué des dizaines de milliers de Libyens. Même si l'ère des colonies est passée, le but des Occidentaux est caractérisé par une ruée vers les ressources naturelles des autres pays.  
Or, la Syrie n'a que très peu de ressources naturelles. Est-ce pour cela que l'on ne s'y intéresse pas et que les grandes puissances tardent à trouver une solution à ce «panier de crabes»? Comment résoudre un tel chaos?  
Comme en Irak, où les Chiites majoritaires ont pris le pouvoir après la chute de Saddam Hussein, aujourd'hui les Sunnites majoritaires en Syrie (plus de 70 %) aspirent eux aussi à prendre le pouvoir actuellement entre les mains d'une minorité chiite (les Alaouites) sous la direction de Bachar el Assad. Voilà le dilemme. Les puissances occidentales veulent-elles voir augmenter le pouvoir des Chiites ou des Sunnites? Avec les Chiites, c'est l'influence de Téhéran qui prévaudrait dans le Moyen-Orient tandis qu'avec les Sunnites, c'est l'influence de l'Arabie saoudite et des pays du Golfe qui laissera son empreinte dans la région, et... en bout de ligne c'est le salafisme qui triomphera!
Même si on parvenait à éradiquer l'EI, le problème demeure entier. Car on ne combat pas seulement une faction extrémiste, on fait face à un problème à la fois politique et religieux. Cela s'apparente aux luttes du catholicisme et du protestantisme au 16e siècle en Europe. Les deux courants cohabitent mal dans certains pays. En Irak, leur combat prend allure d'une guerre civile à certains moments. C'est pour cela qu'il n'y a pas de solution ni à court ni à moyen terme à cette crise. Comment combattre rapidement des idéologies et le poids de leur histoire? Il faut laisser le temps au temps de faire son oeuvre. L'histoire des peuples n'est-elle pas celle d'un long cheminement? C'est pourquoi les interventions occidentales semblent peu productives. À l'instar de ce qui est arrivé en Irak et en Libye, l'intervention occidentale ne peut qu'aggraver une situation déjà compliquée en ajoutant encore à la souffrance de la population. Ne pourrait-on pas aider le peuple syrien à décider de son avenir?
Quelle que soit l'issue de cet avenir du peuple syrien, les conséquences seront moins désastreuses que la situation actuelle, même si une bonne partie des armes obtenues vont servir à diverses factions islamistes et milices rivales qui se disputeront le pouvoir. Et c'est légitime en démocratie que la majorité sunnite réclame le pouvoir et l'obtienne, même si une lutte fratricide s'intensifie pour un temps entre le régime des uns et l'orthodoxie des autres. 
Roger Greiss
Shawinigan