Y a-t-il un pilote dans notre avion?

L'auteur, Pierre-André Julien, est économiste et professeur émérite à l'UQTR. 
Le scandale touchant l'augmentation des salaires des dirigeants de Bombardier qui continue à licencier ainsi que le cafouillage sur l'autoroute 13 il y a trois semaines sont des bons exemples pour démontrer que notre gouvernement ne réagit qu'après coup ou quand les pressions de la population augmentent. 
Dans le premier cas, non seulement nous avons investi plus d'un milliard dans l'aventure de la série C, mais nous avons des représentants au conseil d'administration qui n'ont pas été capables de dénoncer un tel manque de sensibilité à la réalité de l'austérité prônée par lui.
Dans le second cas, presque toute la population sauf les deux ministres savait que la tempête serait très forte. Et c'est la même chose avec des dizaines de décisions non prises ou mal prises. 
Par exemple, on vient d'annoncer qu'on va enfin se préoccuper de la décrépitude du pont Laviolette connue depuis 2012, parce que les failles se multiplient à une vitesse folle.
Du côté des services de santé sur la rive sud, on accepte de ralentir les déménagements vers Trois-Rivières après avoir dépensé des dizaines de millions dans la modernisation de l'hôpital de Nicolet.
À Québec, on continue d'élargir les autoroutes pour répondre au nouveau trafic alors que toutes les études démontrent que cela ne fait qu'augmenter la congestion en incitant les citoyens à habiter dans les banlieues éloignées. 
Mais des dizaines d'autres besoins sont mis de côté. Ainsi, en 2003, Jean Charest avait promis l'étiquetage obligatoire des OGM. Nous attendons encore. Quatre ans plus tard, il avait aussi promis de faciliter la reconnaissance de diplômes des immigrants, alors que chaque année plus de 1000 spécialistes doivent y renoncer et un bon nombre déménagent ailleurs.
C'est la même chose avec les accommodements raisonnables au point que chaque fois que la question se pose, il n'y a pas de réponse et les organismes publics ne savent toujours pas sur quel pied danser. Quant à la promesse de respecter l'Accord de Paris pour sauver la planète, par exemple la vente des pick-up augmente plus rapidement que tout autre véhicule, faisant en sorte que toutes les études affirment que nous n'atteindrons même pas les objectifs de 2020. 
Et chacun pourrait multiplier ces exemples. Il est vrai que tous ces gens ont été tellement occupés à couper toujours plus dans les services que maintenant ils ne savent plus comment réinvestir dans les vrais besoins, comme l'éducation ou l'entrepreneuriat qui est à la source de la modernisation de notre économie. Ce qui explique aussi pourquoi nous pouvons craindre que notre avion québécois qui tourne en rond ne finisse tout simplement par s'écraser.