L’auteur de ce texte estime que la notion de «Québécois pure laine» n’existe pas. Les flux migratoires historiques et actuels font en sorte que les habitants du Québec ont des origines très variées.

Vous avez dit: «Québécois, pure laine»?

OPINIONS / Un «Québécois pure laine» existe-t-il ? Examinons la question. Les types raciaux vraiment purs ne se rencontrent plus de nos jours en raison des innombrables croisements survenus entre nations et races depuis des siècles. Les migrations, les guerres d’invasion, les bannissements, les voyages ont contribué à faire tomber les barrières impénétrables d’une sexualité circonscrite au giron régional. C’est donc dire que les individus renferment en eux-mêmes le sang de toutes les races. Et cet état de fait ira en s’accroissant au cours des prochains siècles. Nous assistons déjà à cette formidable accélération du processus de fusion raciale.

Mais revenons sur la question du «Québécois pure laine». Voyons ce qu’en dit l’histoire en regard des trois nations fondatrices du Québec: nations autochtones, française et britannique. En effet, pour qu’un «Québécois pure laine» existe, il aurait fallu que chaque composante de cette triplicité ait été soustraite aux mélanges des sangs. Or, tel ne fut pas le cas.

Un Québécois francophone doit savoir d’où il vient au-delà de sa courte généalogie. La France avant d’être la France que l’on connaît était appelée la Gaule. Avec l’entrée en scène de Jules César, elle a été romanisée. Les mariages donnèrent naissance aux Gallo-romains. Puis s’installèrent après la chute de Rome, les Francs, les Burgondes, Goths et Wisigoths pour ne citer que ces derniers, ainsi que les Normands (Vikings). De l’autre côté de la Manche, une fois les Britons passés sous le joug romain, arrivèrent de Germanie les Angles, Saxons et Jutes. Puis Guillaume le Normand soumit l’Angleterre. Les Anglais vainquirent à leur tour les Écossais et les Irlandais. D’innombrables mariages mêlèrent leurs sangs.

Quand les premiers colons débarquèrent en Nouvelle-France, il y avait peu de femmes. Aussi les explorateurs s’accouplèrent-ils avec des Amérindiennes. L’explorateur Jean Nicolet épousa d’ailleurs une princesse Nipissing. La Nouvelle-France comptait aussi plusieurs Alsaciens et Allemands au XVIIe siècle. Avec la chute de Louisbourg, furent accueillis les premiers réfugiés acadiens. Après l’Indépendance américaine arrivèrent les Loyalistes qui se croisèrent avec des francophones de souche. Des soldats allemands par ailleurs, servant sous les drapeaux anglais, se fixèrent au Québec. Ils épousèrent des filles d’ici. Par la suite, les Irlandais catholiques s’installèrent; ceux d’avant et ceux d’après la grande famine. Ils constituent le second groupe ethnique européen le plus important. Inutile d’aller plus loin dans la mixité raciale, les migrations contemporaines étant suffisamment connues.

C’est pourquoi, compte tenu de tous ces métissages incessants, le «Québécois pure laine» n’a jamais existé, pas plus que ne sont purs les Américains, les Français et les Anglais. Il faut savoir enfin qu’au Nunavut, les Vikings laissèrent des descendants. Force est donnée de constater que le besoin de s’accoupler devient très intense quand hommes et femmes sont arrachés à leur environnement familier et qu’ils expérimentent une grande solitude face à leurs racines. Et lorsqu’ils parviennent à s’affranchir des inhibitions et habitudes héritées des traditions familiales et nationales, la Loi d’attraction les amène vers ceux chez qui ils trouveront une certaine compatibilité. Les flux migratoires actuels accusent des proportions inégalées dans l’histoire planétaire; ils relèvent d’un ensemble de facteurs qui va conditionner la nouvelle civilisation. Aussi toute forme de racisme larvé ou latent est-elle déjà condamnée.

Le Québec de demain verra largement colorer sa peau, que les suprématistes blancs se le tiennent pour dit. Ce grand malaxage des races est prévu depuis longtemps. Aux incrédules de se mettre à l’observation!

René Le Brodeur

Shawinigan