Jean-François Lisée

Voter contre? Non merci!

Récemment, dans le cadre du caucus présessionnel de ses députés à l’Auberge Gouverneur de Shawinigan, le chef du PQ, Jean-François Lisée, tentait une nouvelle fois de convaincre les partisans de Québec Solidaire de voter contre les partis dont ils ne veulent pas plutôt que de voter pour celui qu’ils préfèrent. «Je comprends qu’il y a des électeurs qui sont davantage d’accord avec QS qu’avec nous et je respecte ça», commentait-il. «Mais s’ils votent pour QS et que ça fait passer un député de la CAQ ou du Parti libéral, ils ont le résultat inverse de ce qu’ils veulent. On pense qu’en 2018, si vous voulez défendre des services publics, la qualité des services, c’est le Parti québécois qui va représenter ça et c’est le seul qui peut gouverner.»

S’il faut l’en croire, l’enjeu de la prochaine élection consiste donc à empêcher la formation d’un gouvernement libéral ou caquiste et un vote pour un parti qui n’a aucune chance de l’emporter serait dans les circonstances un vote «perdu» et inutile. Dans l’état actuel des choses, si on s’en tenait aux intentions de vote exprimées dans les plus récents sondages pour appliquer la logique de l’appel de M. Lisée à voter pour le moins pire des partis ayant une chance d’accéder au pouvoir, nous serions condamnés à choisir entre le Coalition Avenir Québec et le Parti libéral.

Je fais partie de ces électeurs qui refusent cette logique. J’ai donc l’habitude de voter pour des formations qui avancent des propositions politiques et un projet de société qui correspondent à mes aspirations. Et je le fais en me disant que c’est là la meilleure façon de faire progresser les idées portées par ces formations. Les opinions minoritaires, si elles sont argumentées avec intelligence et sans mépris pour ceux et celles qui ne les partagent pas, peuvent avoir de l’influence dans le champ des idées, sur les mouvements sociaux et les actions citoyennes et, par ricochet, dans la sphère politique.

De plus, s’il fallait, comme le suggère M. Lisée, que les électeurs acceptent de voter contre les partis dont ils ne veulent pas plutôt que pour ceux qu’ils préfèrent, ils priveraient ces derniers d’une partie du financement public basé sur les votes obtenus, ce qui aurait pour effet de les affaiblir et de limiter le débat politique.

Les élections devraient permettre de représenter l’opinion de la population. Or notre système électoral crée plusieurs distorsions entre la volonté populaire exprimée et la représentation des partis à l’Assemblée nationale. Ainsi, avec 7,3 % des votes exprimés aux dernières élections, Québec solidaire n’a obtenu que 2,4 % des sièges disponibles. M. Lisée devrait savoir que le parti qui appelle au vote stratégique a dans un passé récent renoncé à deux reprises à réformer le mode de scrutin afin d’abolir ces distorsions qui ont joué en faveur du Parti libéral lors du dernier scrutin (41,52 % des votes exprimés pour 56 % des sièges).

On devrait pouvoir voter pour le parti de son choix même s’il y a de fortes chances qu’il soit minoritaire. Dans le cas contraire, au point où en sont les choses, il faudrait choisir entre les deux partis qui caracolent actuellement en tête des sondages. Ce faisant, nous renoncerions en partie ou en totalité, et cela pour un temps plus ou moins long, à l’expression et à l’avancement au sein de l’Assemblée nationale d’une partie de ce qu’on estime le meilleur pour le progrès intégral de la société québécoise.

Voter en démocratie est un geste trop important et trop peu fréquent pour procéder à une telle automutilation de sa personnalité citoyenne. Voter en laissant hors de l’isoloir une partie de ses convictions, c’est porter atteinte à la vigueur de la vie démocratique. Voter contre? Non merci.

Je préfère voter pour!

Yvon Pinet

Membre de Québec solidaire

Trois-Rivières