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Vivre au-delà des symptômes d’un trouble mental: le processus de rétablissement

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Le Nouvelliste
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OPINIONS / Le Regroupement des organismes de base en santé mentale (ROBSM) région 04-17 a un volet d’intervention visant à contrer la stigmatisation. 

Le groupe la Locomotive, qui est un regroupement de personnes vivant avec une problématique en santé mentale et de membres de l’entourage de ces personnes, fait partie intégrante de ce volet. La Locomotive et le ROBSM ont récemment publié un livre intitulé «On ne virera pas fou» pour bien prendre soin de notre santé mentale. Dans le texte qui suit, un pair aidant prend la plume pour parler du rétablissement à la suite d’un diagnostic de trouble mental.

Je suis pair aidant. Pair aidant communautaire, un des seuls dans les régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Depuis le début de l’année 2021, je travaille en collaboration avec la Locomotive, chapeauté par le ROBSM 04-17. Essentiellement, je suis une personne en rétablissement d’un trouble mental qui intervient auprès d’usagers aux prises avec une problématique en santé mentale. La majeure partie de mon temps devrait être consacrée à faire un suivi en formule un à un, mais, vu la pandémie, il n’y a pas beaucoup d’ouverture de ce côté.

Mon principal instrument d’intervention est ma propre personne; je mise sur mon savoir expérientiel. Je possède des connaissances et un peu d’expérience pour intervenir auprès de mes pairs ancrés dans les différentes étapes du rétablissement. Je fais surtout de l’écoute active dans le but d’insuffler de l’espoir dans leurs vies et leur permettre d’exprimer leur détresse, surtout émotionnelle. Finalement, j’utilise, comme principal outil, la grille des cinq phases du rétablissement. Cet outil très pertinent comporte différents éléments: description, attitude par rapport au pouvoir du trouble mental, interrogations de la personne, obstacles possibles et interventions souhaitées par le pair aidant.

Le rétablissement, qu’est-ce que c’est?

Le rétablissement, c’est avant tout l’espoir d’une vie meilleure. Ultimement, la personne reprend le pouvoir sur sa vie et lui donne un sens, surtout par le biais de ses rêves, buts et objectifs. C’est aussi croire de nouveau au bonheur, s’accepter et se redonner une chance. Le rétablissement est un processus non linéaire; on peut progresser ou régresser dans le temps.

Voyons en détail les cinq phases du rétablissement, chacune illustrée par mon vécu personnel. Cheminement complet de juillet 2009 à mai 2011.

À la première étape du rétablissement, la personne est anéantie par le pouvoir que le trouble mental a sur sa vie. Cette étape débute à l’apparition des symptômes et s’étend jusqu’à l’attribution d’un diagnostic. Soit la personne croit que les symptômes contrôlent sa vie, soit elle nie en bloc qu’elle a des symptômes ou elle conteste le diagnostic.

J’ai commencé à avoir des symptômes à la suite de la mort accidentelle de la chatte de mon colocataire, en juillet 2009. Je me suis mis à entendre des voix. Elles ne se manifestaient pas comme je vous entendrais; elles se mélangeaient à mes pensées. Le 17 décembre 2009, j’entrais en psychiatrie pour un séjour de six semaines; j’en ressortais avec le diagnostic de schizophrénie paranoïde. Je n’ai jamais, même à ce jour, accepté ce diagnostic. Bien qu’on ne le mentionne pas comme tel dans le DSM, je suis un entendeur des voix.

À la deuxième étape du rétablissement, la personne a cédé au trouble mental le pouvoir de contrôler sa vie. Elle a mis de côté ses espoirs, ses rêves et/ou ses attentes face à la vie. Elle fait de l’autostigmatisation: elle se définit à partir de son trouble mental. Elle ne voit pas comment elle peut être autre chose qu’un diagnostic; elle est résignée et condamnée.

Pendant quelques mois, je ne m’identifiais qu’à travers la lunette du trouble mental. Je n’étais plus René Sicard, j’étais un schizophrène. Je n’avais plus de projets et je subissais mes journées plutôt que de les vivre. Un bon exemple: à une «Soirée des artistes» (organisée par Le Traversier) je me suis présenté, au moment de ma prestation, comme un schizophrène plutôt que de me décrire par mes forces ou par quelque chose de positif, voire humoristique. En parallèle, des rencontres avec une intervenante psychosociale m’ont fait le plus grand bien.

À la troisième étape du rétablissement, la personne remet en question le pouvoir qu’a le trouble mental de contrôler sa vie. Elle constate que la vie peut lui apporter plus que des symptômes psychiatriques. C’est la naissance d’une lumière au bout du tunnel, il y a de l’espoir mais la personne s’interroge sur les risques à prendre pour sortir de sa zone de confort.

Rendu à l’été 2010, avec le beau temps à nos portes, je commençais à ressentir de l’espoir. La médication aidant, je renouais avec mes activités préférées délaissées jusqu’alors. Lecture, guitare, faire du ménage, écouter de la musique et un peu de télévision, entraînement physique et jeux vidéo meublaient mes journées. À cela s’ajoutait le retour d’une vie sociale active.

À la quatrième étape du rétablissement, la personne défie le pouvoir qu’elle a donné au trouble mental de contrôler sa vie. Dans cette phase apparaît un engagement à changer. La personne est assurée qu’il y a de l’espoir. Elle est ouverte aux changements mais hésite à prendre des risques, sans le soutien des autres, demeurant dans sa zone de confort.

Vers le temps des Fêtes 2010, j’étais rendu à la quatrième étape: celle de la volonté d’agir et du courage. Avec le soutien de mes proches, je me sentais prêt à prendre des risques. J’avais une attitude d’ouverture vis-à-vis des changements que je souhaitais pour mon avenir. J’envisageais un possible retour au travail.

À l’étape ultime du rétablissement, la personne se réapproprie le pouvoir sur sa vie. Au-delà du trouble mental, elle a pris la décision de vivre sa vie telle qu’elle le désire. Elle retrouve ses rêves, ses désirs, ses buts et ses objectifs. Toutefois, elle peut, comme dans les phases 3 et 4, revenir dans sa zone de confort. Elle doute, alors, de prendre des décisions, de faire preuve d’autonomie et d’assumer ses responsabilités. Le soutien de l’entourage demeure important.

Je peux affirmer que je suis entré dans cette cinquième phase au printemps 2011. C’est à ce moment que j’ai recommencé à travailler, dans le domaine de la récupération. J’ai alors repris le contrôle sur ma vie. Je prenais mes responsabilités et pouvais subvenir à mes besoins financiers par moi-même.

Mes stratégies établies jusqu’à aujourd’hui pour mieux gérer mes symptômes, c’est-à-dire les voix: la prière (réciter un chapelet), une bonne hygiène de vie (sommeil, alimentation, exercices, moments de détente), écouter de la musique, dire aux voix de se taire (on dit «STOP», puis on pense à quelque chose de plaisant pour faire diversion), donner rendez-vous aux voix. Une médication, basée sur des antipsychotiques, fait également partie de mes stratégies.

René Sicard
Locomotive ROBSM
Trois-Rivières