D’après l’auteur de cette lettre, le ministre Carlos Leitão se prépare à nous confirmer que nous profiterons de baisses d’impôt.

Vivement les baisses d’impôts!

Depuis quelques jours, le gouvernement se prépare à nous confirmer que nous profiterons de baisses d’impôts. On comprend que, à la suite du sauvetage que le gouvernement libéral a réalisé d’un Québec qui, soi-disant, coulait à pic, nous sommes maintenant assez riches pour faire des cadeaux aux contribuables.

Dans le même temps, François Legault en rajoute: il faut réduire les impôts de la classe moyenne de 500 $, et ce, dès cette année. Selon lui, le gouvernement va chercher trop d’argent dans la poche des Québécois.

La recette est bien connue: quand ça va bien, on baisse les impôts et quand ça va moins bien (ce qui finit toujours par arriver), les revenus gouvernementaux baissent et on coupe les services puisqu’il est inimaginable de taxer plus la population déjà étranglée par ses obligations fiscales.

Est-ce que le gouvernement libéral a sauvé le Québec? Si on en croit certains commentateurs, oui et non. «Oui» parce que tout allait mal chez nous avant l’austérité. «Non» puisque tant qu’il restera un gouvernement qui imposera des impôts et des taxes, ça ira mal. Le gouvernement est la cause de tous les problèmes et le paradis ne reviendra que lorsque nous l’aurons éliminé et que la loi du marché pourra enfin s’appliquer librement afin que les riches puissent s’enrichir sans entrave.

Bizarre, avec des revenus inférieurs à la moyenne canadienne et une taxation supérieure, toutes les études montrent que les Québécois sont parmi les citoyens les plus heureux au monde.

Peut-être cette étonnante propension au bonheur des pauvres Québécois éreintés par les impôts a-t-elle à voir avec le fait que nous nous sommes donnés des services qui rendent la vie plus facile aux citoyens... Ou encore avec le fait que les écarts salariaux entre les plus nantis et la classe moyenne sont probablement les plus bas en Amérique du Nord... Tout cela étant gage d’une stabilité sociale enviable.

Dans les faits, beaucoup croient que l’austérité (que les libéraux persistent à appeler rigueur) a plutôt consisté à couper à qui mieux mieux dans les budgets des services gouvernementaux. Ce faisant, le gouvernement Couillard a procédé à une variante créative du crédo néo-libéral (je baisse les impôts, puis je coupe). Ça ressemblait plutôt à: «Je prétends que ça va mal alors que ça va bien, alors je coupe, quand j’aurai bien charcuté les services publics, les surplus exploseront, je serai alors justifié à distribuer l’argent un peu partout puis à baisser les impôts en attendant le prochain ralentissement qui me justifiera de couper encore.»

Cela donne la parade des ministres «Kid Kodak» qui se pavanent tout sourire dans les journaux en tant que bienfaiteurs des uns et des autres. Pendant ce temps, la machine à couper continue son travail, la fameuse austérité étant encore de mise pour les travailleurs et les travailleuses du secteur public.

Au moment où la campagne électorale se met en branle, le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec nous promettent des baisses d’impôts dont on sait qu’au final, elles rapportent très peu d’argent dans les poches des contribuables (500 $ par année correspond à moins de 10 $ par semaine). Il ne faut jamais oublier qu’un milliard de dollars de cadeaux se traduira tôt ou tard par des nouvelles coupes d’un montant au moins égal. Est-ce cela que nous désirons?

Parmi les partis qui ont des chances de prendre le pouvoir avant l’année 2200, seul le Parti québécois a pris l’engagement réaliste de ne pas baisser les impôts. Est-ce du courage? De l’habileté? Rappelons que les libéraux fédéraux, qui étaient troisièmes au début de la campagne électorale, ont pris le pouvoir en promettant des déficits.

Ça donne à réfléchir.


René Hould

Trois-Rivières