L’auteure de cette lettre s’interroge sur le financement des services d’archives.

Visons une collaboration plus équitable

En réaction à la réponse de Madame Hélène Laverdure, conservatrice et directrice générale de la Direction des Archives nationales à BAnQ, intitulée «Miser sur la collaboration pour l’avenir du patrimoine archivistique», publiée dans notre édition du 7 février.

Madame Laverdure,

Pour tout vous dire, je suis agréablement surprise que ma lettre, publiée dans Le Nouvelliste du 2 février, ait provoqué chez vous le goût d’une réponse. Vous nous rappelez, avec justesse, les responsabilités de la Direction générale des Archives nationales, sous votre gouverne.

Vous avez pourtant éclipsé l’essentiel du problème: le sous-financement. De ce que j’en sais, ce sont à la fois les coupures subies par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) ces dernières années et donc l’impossibilité d’obtenir plus du Ministère de la Culture et des Communications (MCCQ), entre autres pour une redistribution au secteur des archives privées, qui ont mené à la réforme des programmes administrés par BAnQ. Les services d’archives privées agréés (SAPA) qui font partie de vos partenaires privilégiés partagent avec beaucoup de rigueur et de professionnalisme, et cela, disons-le, à moindre coût pour l’État, le mandat de «la garde et la mise en valeur des archives», surtout de nature privée. Par conséquent, sans la volonté et la capacité de BAnQ à obtenir des sommes additionnelles, les SAPA devraient, quoi, attendre les recommandations du comité de transition? Ces recommandations viendront trop tard, bien après l’attribution des budgets et l’étude des crédits à la Commission de la Culture. Ce sont des gestes concrets qu’il nous faut; peut-on penser à des actions plus immédiates? J’interpelle la ministre, madame Nathalie Roy, qui, à voir ses récentes implications et son approche sur la sauvegarde du patrimoine bâti, pourrait démontrer un intérêt et surtout une volonté d’améliorer la situation.

Sinon, rien pour arborer un large sourire. Selon moi, si une institution rencontre les critères très exigeants de l’agrément, elle mérite d’être soutenue. De plus, je demeure persuadée qu’il est injuste que les SAPA ne soient évalués que sur des critères de «performance», sans l’attribution d’un montant de base.

D’autre part, vous parlez, à juste titre, de la bonification de l’enveloppe destinée aux SAPA en avril 2018; somme qui a permis de financer 32 SAPA au lieu de 25, comme c’était prévu selon les nouvelles règles du programme. Malheureusement, cet argent, neuf, ne semble pas pouvoir être récurrent après 2020. D’ailleurs, cette somme avait été qualifiée d’insuffisante (Le Devoir, 22 avril 2018; Le Soleil, 19 avril 2018, Point de vue) par Karine Savary, présidente du Regroupement des services d’archives privées agréés du Québec.

J’aimerais, sur ce point, souligner que je pense que ce nouvel apport de financement n’est pas dû qu’aux efforts de BAnQ. Je me permets d’y voir un heureux concours de circonstances: on approche de la fin de la session parlementaire, ce sera les vacances d’été, les élections sont prévues à l’automne et la ministre de la Culture d’alors, madame Marie Montpetit, prenant à cœur la situation, veut bonifier l’enveloppe, ayant eu vent, assidûment, des nombreuses pressions réalisées par le RSAPAQ et plusieurs SAPA, suite à des reportages dans les journaux, à la télévision, à la radio, sur les médias sociaux et, de source sure, des nombreuses lettres écrites aux élus de toute allégeance politique.

Obtenez, à tout le moins, la garantie de récurrence des montants reçus du MCCQ en avril 2018, ces sommes venant s’ajouter, minimalement, au budget alloué aux SAPA en lice et admissibles à une aide financière, et, là, je pourrai convenir avec vous que BAnQ n’oublie pas d’être «Archives» et qu’elle travaille avec détermination.

Suzanne Girard

Archiviste à la retraite

Trois-Rivières