Vision zéro: une argumentation trompeuse?

J’ai lu «Vision zéro». Les conseillers municipaux de Trois-Rivières ont explicitement engagé la Ville de Trois-Rivières de mettre en place des limites de 40 km/h pour les rues collectrices et les rues locales, et ont ordonné à la directrice générale de mettre en œuvre ce programme, sans étude. Suivant une opposition significative, ces conseillers se disent victimes de désinformation, en accusant les autres et les fonctionnaires d’une mauvaise communication. Vraiment?

Voyons qui trafique les faits et s’éloigne de la vérité. Avant tout, nous sommes témoins d’une réalité quotidienne que plusieurs piétons et cyclistes se mettent souvent eux-mêmes en danger en traversant la voie publique aux mauvais endroits ou en omettant les arrêts obligatoires. En conséquence, nous sommes méfiants face aux cyclistes et aux piétons. Diminuer la vitesse ne changera pas la témérité des piétons, et ça les mettra malheureusement davantage en confiance. Pourtant, quand je suis moi-même à pied ou à vélo, je respecte les automobilistes, et ils me respectent. Le comportement individuel est donc la vraie problématique.

Les conseillers citent l’exemple de la Suède comme modèle pour Vision zéro. Toutefois, ils omettent de mentionner que la moitié des automobilistes suédois ne respectent finalement pas la limite de 40 km/h imposée, mais que 77 % la respectent à 70 km/h. D’ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît entre autres que les limitations de vitesse que les usagers de la route perçoivent comme réalistes et qu’ils appliquent d’eux-mêmes ont plus de chances d’être respectées.

Deuxièmement, la conseillère instigatrice de Vision zéro argumente avec une carte thématique révélant les endroits de décès et de blessures graves de notre ville. Malheureusement, j’y ai reconnu un cas dans mon quartier qui ne s’est même pas produit dans la rue. Tout mon respect aux proches de la victime. À son avantage, la conseillère ne présente pas les facteurs causaux par événement. Elle brouille les faits en utilisant une corrélation illusoire pour gonfler la situation. Mais plusieurs ont découvert à temps son mode opératoire.

Troisièmement, un autre conseiller suggère comme distraction que l’abaissement de la vitesse pourrait aider à réduire le problème des changements climatiques. Les géologues et les astrophysiciens admettent avec raison que les réchauffements et refroidissements climatiques sont réels et inévitables, soit par des variations du mouvement de la terre, l’activité solaire, l’activité humaine, etc. Leurs modèles prédictifs sont complexes et parfois incertains. Cependant, le lien entre la vitesse d’une automobile et l’effet climatique est un enjeu concret, bien documenté et assez précis. Les scientifiques se sont penchés sur l’automobile à carburant et ont conclu que leur efficacité optimale se trouve entre 55 et 80 km/h. Rien à voir avec le type, l’année ou le style de conduite. Il faut ajouter que le freinage périodique, pour adapter la basse vitesse d’un véhicule, contribue à empirer l’inefficacité globale. Plus on descend sous les 55 km/h, plus le moteur émet des contaminants en trop par kilomètre, qui contribuent à l’effet de serre et au smog, entre autres: le CO2, des particules volatiles, et l’oxyde d’azote. L’oxyde d’azote est aussi très toxique pour l’humain.

Finalement, la basse vitesse contribue à augmenter la pollution. En conclusion, les arguments des conseillers ne sont pas crédibles, soit ceux du modèle de la Suède, de la carte thématique et de l’approche climatique. Vision zéro va devenir un spectacle idéologique à nos frais, sur un faux problème. Attendu que les conseillers municipaux de Trois-Rivières trompent avec des faits non crédibles, improvisent, et blâment les fonctionnaires et les autres, je propose qu’ils révisent leur propre comportement avant de viser celui des autres.

Claude Villemure

Trois-Rivières