Vers une faillite inévitable

OPINIONS / Lettre ouverte à M. François Bonnardel, ministre des Transports du Québec.

Monsieur Bonnardel,

Votre annonce faite plus tôt cette semaine concernant l’industrie du taxi est à glacer le sang pour 22 000 travailleurs et leurs familles. Votre annonce signifie aussi la faillite inévitable de plusieurs milliers de petites entreprises québécoises, au profit d’un géant américain, bien connu pour ne respecter aucune loi, aucune juridiction.

Il est à peine concevable qu’une société moderne, structurée et encadrée comme celle du Québec ouvre la porte à une entreprise qui ne respecte aucun cadre, aucune loi, ne paie aucune taxe et s’abrite dans un paradis fiscal.

Comment justifierez-vous d’avoir complètement saccagé une industrie vitale pour le bon fonctionnement du Québec? Comment assumerez-vous la faillite de milliers d’entreprises qui paient des centaines de millions en taxes. Comment aiderez-vous les 22 000 travailleurs du taxi qui deviendront des assistés sociaux?

Votre argument selon lequel c’est à l’avantage du client tiendra-t-il quand Uber aura le monopole et augmentera ses tarifs. Quand Uber refusera de servir les clients handicapés, les personnes âgées, les enfants, demanderez-vous l’aide des taxis? Pensez-vous qu’ils vont voler à votre rescousse?

Qui prendra en charge nos aînés, au troisième étage d’un CHSLD, pour les amener à leur rendez-vous, au quatrième étage d’un hôpital? Vous croyez qu’Uber vous donnera ce service?

Qui s’occupera du transport adapté dans les villes du Québec, à un tarif ridicule? Vous croyez vraiment qu’Uber le fera? Parce que les taxis ne le feront plus.

Quand n’importe qui fera du taxi, et qu’un malade y verra une belle occasion de s’en prendre à une personne vulnérable, prendrez-vous le blâme?

Uber n’a rien d’une révolution numérique. Ce n’est rien d’autre qu’une application avec laquelle on peut demander un taxi, comme il en existe plusieurs au Québec depuis des années. Dans les faits, Uber fait du transport de personnes en automobile… Comme ça se fait depuis cent ans, rien de nouveau.

Dans les faits, à moyen terme, la société québécoise perdra beaucoup par votre faute M. Bonnardel et l’histoire se souviendra de vous comme tel.

Sylvain Roy

Propriétaire de taxi bientôt en faillite

Trois-Rivières