Urgent besoin d’humanité

ÉDITORIAL / Invraisemblable. Surréaliste. Absurde. Inacceptable. Voilà autant d’adjectifs qui peuvent décrire le système mis en place par le ministère de l’Immigration pour soi-disant distribuer équitablement les 750 autorisations de parrainage de réfugiés. La course au dépôt de dossiers était, disons-le, digne d’une république de bananes.

Un Trifluvien, Francis Fortin, a été un témoin direct – voire un acteur malgré lui – de ce fiasco. Pour faire une histoire courte, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) avait indiqué que dans le cadre de son programme de parrainage collectif, il ne recevrait que 750 demandes, dont 100 provenant de particuliers. Déjà que le nombre était restreint, on avait décidé que ces demandes n’allaient pas être évaluées au mérite ou selon les garanties offertes par les parrains, mais plutôt selon la règle du premier arrivé, premier servi. Parce que oui, il fallait les présenter en personne.

Résultat: des dizaines de personnes soucieuses de déposer leur demande de parrainage à temps se sont retrouvées en fin de semaine dernière dans les corridors des bureaux montréalais du MIFI à attendre l’ouverture, lundi matin. Certains, comme Francis Fortin, ont même payé des centaines de dollars pour les services d’un messager qui allait patienter à leur place dans la file d’attente.

Le ministère voulait, semble-t-il, ne pas défavoriser les demandeurs comme Francis Fortin, qui viennent des régions. Mais le recours à des coursiers, qui a entraîné des pratiques douteuses et qui a forcé certains demandeurs à payer un prix prohibitif, n’était certainement pas la meilleure idée.

Souhaitant parrainer une famille de Syriens, Francis Fortin n’est pas plus avancé. Il sait que sa demande a été déposée aux bureaux du ministère mais il ne sait pas s’il est dans les cent premiers à l’avoir fait.

Lundi, dans une nouvelle volte-face, le ministre Simon Jolin-Barrette a annoncé que le processus allait être revu. Le problème, c’est que le mal est fait. Quelqu’un, quelque part – avant l’arrivée au pouvoir de la CAQ, faut-il le mentionner –, a jugé qu’il était parfaitement correct, équitable et humain de lancer un tel processus d’appel de candidatures. Un tirage au sort aurait, dans les circonstances, été plus équitable. Et il aurait évité le chaos observé au cours de la fin de semaine.

Francis Fortin s’est adressé au ministre responsable de la Mauricie, Jean Boulet, pour lui demander que son gouvernement augmente le nombre de demandes acceptées dans le cadre du programme de parrainage. Cela permettrait de s’assurer, au moins, que toutes les demandes reçues lundi matin puissent être évaluées. Il rappelle aussi que l’accueil de réfugiés est plutôt une bonne affaire pour le gouvernement puisque les frais pour la première année sont assumés par les parrains et que l’obtention d’un emploi est de moins en moins problématique compte tenu de la pénurie de main-d’œuvre.

Mais plus tôt cette semaine, le premier ministre François Legault a réitéré qu’il n’était pas question d’augmenter le nombre de réfugiés accueillis au Québec. Au cours des deux dernières années, son gouvernement avait manifesté son intention de baisser de 20 % le nombre de réfugiés admis au Québec. Il s’agit pourtant d’un dossier dans lequel le fédéral a aussi son mot à dire.

Quoi qu’il en soit, en proportion, le Québec accueillera cette année moins de réfugiés qu’il y a deux ans. Le nombre est plafonné à 7500 par année jusqu’en 2022 au moins, selon les plans du ministère.

Le programme de parrainage de réfugiés est presque une goutte d’eau dans le bassin de l’immigration au Québec. Mais pour les personnes qui souhaitent tendre la main et pour celles qui empruntent cette voie, il importe que les processus soient équitables et qu’ils soient empreints d’un peu plus d’humanité.

C’est ce qui a fait défaut au cours des derniers jours. Et ce n’est pas le premier dysfonctionnement observé dans notre système et nos règles d’immigration. Il y a du ménage à faire, assurément.