L’auteur de ce texte estime que le nouveau modèle préconisé pour le centre Cloutier-du Rivage viendra compléter l’offre de services en matière de santé et de services sociaux pour la population.

Urgence Cloutier-du Rivage: un changement pertinent

OPINIONS / L’auteur, Dr Olivier Roy, est médecin et chef du département de médecine d’urgence pour le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec.

Il fut un temps où l’urgence Cloutier-du Rivage était essentielle à la population de Trois-Rivières. Il y a environ dix ans, 50 % de notre population n’avait pas de médecin de famille et peu d’endroits où consulter. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Actuellement, 88 % des résidents de Trois-Rivières ont un médecin de famille, les groupes de médecine familiale (GMF) se sont multipliés et le GMF-R (superclinique) a ouvert ses portes pour accueillir les personnes sans médecin de famille. La nouvelle clinique de proximité Cloutier-du Rivage, qui ouvrira ses portes en octobre, viendra selon nous compléter l’offre de service pour la population.

Les enjeux à l’urgence de Cloutier-du Rivage ne datent pas d’hier. En 2010, l’urgence a vécu une pénurie médicale. Résultat: elle ferme la nuit et n’accueille plus d’ambulances. À ce moment, l’urgence se transforme tranquillement en une clinique de sans rendez-vous n’accueillant principalement que des cas mineurs. Or, c’est l’équipe de médecins du CHAUR (Sainte-Marie) qui prend le relais, au début de façon volontaire, puis de façon permanente. On parle ici de médecins d’urgence formés pour prendre en charge des patients au potentiel instable, de maladies ou de problématiques qui ne peuvent attendre au lendemain. Voilà donc où se situe leur champ d’expertise.

Pourtant, la majorité de la clientèle se présentant à l’urgence Cloutier-du Rivage (80 % de P4-P5 soit des cas moins urgents et non urgents) pourrait être vue par des médecins de famille (dont la pratique est justement orientée sur une prise en charge globale du patient, des maladies chroniques ainsi que sur la gestion de problème et de maux ponctuels), des infirmières ou d’autres professionnels. On parle ici d’otites, de maux de gorge, de maux de dos, de toux, de formulaires, etc. L’infrastructure de l’urgence n’a aucun avantage pour ces patients.

En réalité, on utilise mal nos ressources médicales et infirmières. En ayant un sans rendez-vous établi dans un cadre d’urgence, nous ne rejoignons la pratique d’aucun omnipraticien ce qui nuit même au recrutement médical. Cet ensemble de facteurs a d’ailleurs entraîné une série de démissions au fil des ans à Cloutier-du Rivage et une incapacité de recruter de nouveaux médecins puisque peu d’entre eux se reconnaissent dans cette pratique.

Ce même statut d’urgence peut également apporter de la confusion chez la population puisque certaines personnes se présentent encore dans un état de santé grave et elles doivent être transférées rapidement vers le CHAUR (Sainte-Marie), là où les infrastructures sont complètes et où les équipes sont prêtes à accueillir des situations urgentes.

Une nouvelle clinique basée sur l’écoute et la proximité

Comme médecins faisant des gardes à Cloutier, nous avons souvent le sentiment de ne pas réellement aider le patient, qui aurait besoin de plus de temps d’écoute, d’enseignement pour l’aider dans la gestion de sa santé. Nous sommes «pris» dans un format d’urgence où il y a un débit à respecter. Remplacer l’urgence Cloutier-du Rivage par une Clinique de proximité serait beaucoup plus adapté en termes de temps et de ressources. Elle sera ouverte sept jours sur sept et les gens pourront encore se présenter sur place pour une consultation sous forme de sans rendez-vous. Ce qui sera nouveau pour le patient, c’est qu’à la suite de l’évaluation par l’infirmière, il sera dirigé vers le bon professionnel de la santé en fonction de son problème: infirmière praticienne spécialisée (IPS donc «super infirmière»), infirmière clinicienne, médecin, nutritionniste, inhalothérapeute, etc. Une formule qui répondra mieux, selon nous, aux besoins réels de cette clientèle.

En conclusion, on ne transforme pas un réseau sans froisser des ailes et la résistance au changement est normale. Les orientations ministérielles des dernières années sont claires: les patients doivent être vus au bon endroit, au bon moment et par le bon intervenant de façon à exploiter au maximum les expertises de chaque profession. L’urgence n’est plus la porte d’entrée universelle du réseau. Finalement, il faut souligner le courage de nos gestionnaires et de nos politiciens qui ont soutenu une orientation pertinente, responsable, avant-gardiste et surtout bénéfique pour la population.