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Une réalité qu’il faut mieux comprendre

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
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OPINIONS / En réponse à la lettre de Mme Johanne Villeneuve intitulée «Un projet de résidence qui soulève des questions», parue le 2 janvier.

D’entrée de jeu, je ne comprends pas le but d’une telle lettre d’opinion, alors que les efforts devraient plutôt être consentis dans une réconciliation entre autochtones et non-autochtones, surtout après les récents événements de l’actualité qu’on n’a pas besoin de répéter.

Je suis plus que capable de comprendre les éléments d’indignation envers le lieu choisi pour ce projet mais ce qui m’irrite particulièrement dans cette lettre c’est le mépris et la méconnaissance des réalités autochtones. Je crois que certains éléments nécessitent des compléments d’information.

Madame Villeneuve écrit: «Tous les gens de ce milieu se sont levés pour dire qu’ils souhaitent être traités équitablement et comme tout autre citoyen.»

Des propos mal repris qui demeurent incompris; les autochtones veulent être traités équitablement, et cela n’est pas possible actuellement dans certaines villes où les propriétaires des bons logements leur refusent la location à cause des stéréotypes ou des idées préconçues envers les autochtones. Ce qui est équitable est une situation qui assure l’équité, pour ce faire il importe de donner aux gens ce dont ils ont besoin afin de vivre une vie saine et de pouvoir contribuer positivement à la société, c’est ce que les autochtones veulent, avoir les mêmes chances que les gens issus de la culture dominante.

Il est concevable que ces mots soient difficiles à comprendre lorsqu’on n’a jamais vécu aucune forme de discrimination ou lorsqu’on ne s’est jamais donné la peine d’aller à la rencontre de l’autre en laissant de côté l’ethnocentrisme et l’ego pour choisir la bienveillance.

Il demeure que plusieurs autochtones sont confrontés à devoir vivre dans des logements de moins bonne qualité parce qu’ils sont autochtones et ça c’est une réalité qu’on ne peut ignorer dans une société, en 2021.

Madame Villeneuve rapporte aussi les propos de Madame Tanya Sirois, directrice générale du Regroupement des Centres d’amitié autochtone du Québec et de sa société immobilière, qui mentionne que le site choisi «est un beau site pour les futurs résidents et leur famille. Les résidents pourront vivre leur culture». Et elle lance la question: «Est-ce pour les étudiants ou pour leur famille?»

Voilà un autre élément de méconnaissance que j’aimerais clarifier. Pour une personne autochtone qui désire parfaire ses connaissances, elle se voit dans l’obligation de choisir entre rester auprès de sa famille, et donc de ne pas se scolariser, ou de quitter sa communauté pour aller étudier dans une ville complètement inconnue où aucun repère culturel ne lui est accessible. En effet, cet élément est dans les motifs de décrochage scolaire, car lorsque tu portes une culture, elle est partie intégrante de ce que tu es, tu ne peux pas juste «mettre la switch à off» pendant trois ou quatre ans.

Par ailleurs, dans la plupart des philosophies autochtones, car oui il y a plus d’une culture autochtone, le cheminement éducatif se poursuit sur le temps d’une vie et n’est pas circonscrit à la jeune vingtaine, ce qui fait que la plupart des étudiants ont des enfants à leur charge lorsqu’ils sont au cégep ou à l’université. Par ailleurs, je connais plusieurs non-autochtones qui trouvent cela tôt 15 ou 16 ans pour faire le choix du métier de leur vie.

Donc, il est possible que le site ne soit pas optimal pour le projet et je ne me prononcerais pas sur l’emplacement choisi mais choisir un site boisé et construire de grands logements réservés aux étudiants autochtones, c’est comprendre les réalités autochtones et c’est leur donner, de manière équitable, des chances de réussir à compléter un parcours scolaire dans des conditions leur permettant d’avoir une vie saine et de contribuer positivement à la société.

C’est en diminuant ainsi les iniquités qui persistent entre le traitement des autochtones et des non-autochtones qu’on peut marcher ensemble sur le chemin de la réconciliation et leur laisser la place qu’ils méritent afin de contribuer à la société comme tout autre citoyen.

Jennifer Petiquay

Saint-Mathieu-du-Parc