Les représentants du CLD de la MRC de Bécancour sont prêts à se présenter à la séance du BAPE du 10 juin sur l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste.

Une réaction peu pertinente

Le BAPE vient de déposer son rapport sur l'exploration/exploitation du gaz de schiste au Québec. Je constate que les chercheurs ont fait oeuvre scientifique en n'écartant pas les vraies questions et en faisant une analyse sans complaisance des problèmes en rapport avec cette industrie. Les problèmes pertinents identifiés méritent une réflexion sérieuse et approfondie sans se limiter à des opinions superficielles, partielles, voire partiales. Quelles furent les premières réactions du milieu d'affaires à ce rapport du BAPE?
Un regroupement d'associations d'affaires demande au gouvernement québécois de procéder «entre autres à une analyse économique complète, dans une vision globale de création de richesse et de croissance de l'économie québécoise». Pourquoi pas dans une vision globale plus large et plus juste de la réalité sociétale? Pourquoi l'économie devrait-elle venir en même temps que les considérations de santé publique, de qualité de vie et d'acceptabilité sociétale? En ce sens, la réaction du regroupement demeure à ce moment-ci superficielle et peu pertinente pour l'avenir. En effet, il faut d'abord répondre aux questions les plus importantes avant de considérer les questions économiques. Oui, il faut tenir compte de l'économie, mais encore faut-il prendre des décisions économiques justes et éclairées en toute connaissance de cause. Le développement économique doit en effet se faire dans les bons secteurs et à la bonne place. On ne peut pas prendre une décision finale sans avoir d'abord réglé les questions en suspens, et ce, avant une analyse sérieuse des coûts-bénéfices et des retombées économiques.
Si les associations d'affaires doutent de l'expertise du BAPE quant à l'aspect économique, pourquoi n'ont-elles pas présenté des mémoires substantiels sur la rentabilité de cette industrie au Québec vu que ce sujet les intéresse en premier lieu et au plus haut point? Ou pourquoi n'ont-elles pas présenté au BAPE les informations qu'elles possèdent au sujet de leur industrie, de leurs projets, de leurs prévisions, des investissements prévus, etc.? Par exemple, le regroupement n'explique pas en quoi la sécurité de l'approvisionnement au Québec se conjugue avec l'exportation éventuelle du gaz naturel produit dans la province? Enfin, quelle garantie offre l'industrie gazière pour la surveillance et la fermeture des puits après l'exploitation dans le futur, et ce, sur plusieurs siècles? Beaucoup de puits anciens ne sont pas encore fermés adéquatement; le passé est-il garant de l'avenir?
Bref, les associations d'affaires n'abordent pas les «vraies affaires» en plus de ne pas adopter une approche proactive sérieuse pour favoriser une analyse rigoureuse des retombées économiques en donnant l'information nécessaire. Mais somme toute, cette approche proactive en vaut-elle vraiment la peine compte tenu des questions fondamentales à résoudre?
Laurent Deshaies
Bécancour