Une question de gestion ou une question de résistance au changement?

Régulièrement, la population se plaint du manque d'accessibilité aux soins de première ligne. Immanquablement, on explique les causes par une gestion inefficace, un manque de médecins, un besoin de supercliniques, un manque d'argent et j'en passe.
Les gestionnaires et les médecins analysent, questionnent, émettent des hypothèses et cette fois on en vient à la conclusion qu'un déploiement de GMF-Réseau sera enfin l'ultime solution.
Alors que les GMF créés au début des années 2000 devaient trouver pour chacun et chacune un médecin de famille, douze ans plus tard on constate que la promesse était vaine et porteuse de faux espoirs.
Maintenant on nous assure que l'ajout du mot «réseau» à GMF saura résoudre les difficultés d'accès aux soins. On pourrait presque parler de «pérennité» d'inaccessibilité tant la situation perdure au Québec.
Il y a des solutions innovantes qui ont fait leurs preuves comme les cliniques des infirmières praticiennes spécialisées en soins de première ligne (IPSPL comme acronyme). L'existence d'une spécialisation infirmière en soins de première ligne remonte à 2007 au Québec.
Cette spécialité ouvre de nouvelles possibilités comme l'exercice de la profession en clinique, hors des hôpitaux, sans médecin sur place.
Les IPSPL ont la formation pour le traitement des problèmes de santé courants et des urgences mineures (otite, infections des voies respiratoires, vaginite, infection transmise sexuellement, infection urinaire, maladies infantiles, faire des points de suture, etc).
L'Université du Québec à Trois Rivières donne cette formation avancée de deuxième cycle en sciences infirmières et en sciences médicales. À la fin du cours, l'IPSPL est autonome dans l'exercice des activités professionnelles qu'elle est autorisée à pratiquer.
Mais le hic, c'est que le ministère de la Santé québécois reconnaît la capacité des infirmières praticiennes à travailler sans qu'un médecin ne supervise physiquement leur pratique, mais il souhaite préserver le modèle GMF.
La résistance au changement de la part de la Fédération des médecins omnipraticiens n'aide pas. On soutient que la place des infirmières se limite à aider et soutenir les médecins, donc refus des IPSPL autonomes.
Et pourtant, les médecins seraient les premiers à profiter de l'émergence de telles cliniques. Ils auraient plus de temps pour soigner les malades aux prises avec des problèmes de santé majeurs, nécessitant des connaissances médicales approfondies et soutenues.
À quand la création de ces cliniques? Un assouplissement de la bureaucratie et une ouverture d'esprit seraient souhaités. On peut toujours espérer.
France Gagnon
Saint-Barnabé