Le 17 octobre est la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.
Le 17 octobre est la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.

Une pandémie qui accroît les inégalités!

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / L’année 2020 marque le 27e anniversaire de la désignation du 17 octobre comme Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté par l’Assemblée générale des Nations Unies. On a choisi cette année de placer cette journée sous le thème de la justice sociale et environnementale. Un choix, faut-il le dire, d’une brûlante actualité.

La pandémie en cours aura tragiquement mis en lumière les dangers que fait courir à l’humanité la course effrénée à la croissance qu’impose l’actuel modèle de développement qui, se nourrissant de l’exploitation sans limites des ressources naturelles, donne lieu à un dérèglement climatique et à la destruction des habitats naturels des animaux sauvages.

Le virus aura également exposé avec une évidence criante à quel point les inégalités sociales et économiques font en sorte que ce sont les personnes les moins nanties qui, toujours, paient le plus fort prix pour les calamités et catastrophes qui frappent notre planète de plus en plus durement et de plus en plus souvent.

Une évidence certes dans les pays les plus pauvres où, selon la Banque mondiale, les dommages économiques de la pandémie seront particulièrement néfastes pour les plus pauvres des plus pauvres. À tel point que l’on devrait observer, pour la première fois depuis 20 ans, une augmentation du taux d’extrême pauvreté.

Mais une évidence également dans les pays dits riches, la pandémie aggravant de façon significative la situation des personnes les plus vulnérables au plan économique. N’eussent été des mesures de soutien financier mises en place par les gouvernements du Québec et du Canada, la situation aurait été carrément catastrophique pour des millions de citoyens et de familles. Cela dit, de nombreuses familles et citoyens ont quand même été laissés de côté.

C’est le cas des 345 000 prestataires des programmes d’aide financière de dernier recours qui, depuis le début de la pandémie, ont été exclus de toute forme d’aide financière émanant du gouvernement québécois. Confrontées à des conditions plus que précaires en raison de prestations qui peuvent être aussi basses que 690 $ par mois, soit à peine la moitié du revenu nécessaire pour couvrir ses besoins de base, les personnes prestataires d’aide sociale doivent, comme l’ensemble des citoyens, faire face aux dépenses supplémentaires occasionnées par la pandémie, notamment l’achat de masques dont le port est maintenant obligatoire dans les espaces publics. Ces personnes doivent aussi composer avec un accès plus difficile aux ressources communautaires qui peinent à répondre. Ainsi, depuis le début de la crise, les banques alimentaires ont enregistré une hausse des demandes de dépannage alimentaires de l’ordre de 30 à 40 % selon les régions desservies.

Et que penser du fait que, depuis le début de la pandémie, les écarts de richesse se sont creusés démesurément? Entre avril et juillet de cette année, la fortune des plus riches a fait, au Canada, un bond phénoménal de 23 %, pour passer de 144 à 178 milliards de dollars. Comment, face à de tels chiffres, peut-on ajouter foi aux discours voulant que nos gouvernements ne disposent pas des leviers nécessaires pour doter nos sociétés d’un filet social permettant de lutter efficacement contre l’indigence et la pauvreté?

Un défi que s’est pourtant engagé à relever le gouvernement du Québec le 13 décembre 2002 en adoptant par un vote unanime de l’Assemblée nationale la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Dix-huit ans plus tard, où en sommes-nous par rapport à cet engagement?

Jean-Claude Landry
Regroupement des organismes d’éducation populaire autonome de la Mauricie (ROÉPAM)