Une mesure qui ne va pas dans l’intérêt collectif des Québécois

Alors que les médias écrits et parlés mentionnent et présentent, chiffres à l’appui, que les entreprises québécoises accusent un retard important dans l’automatisation des procédés et qu’une pénurie de main-d’œuvre frappe littéralement le secteur manufacturier, il est vraiment décourageant d’apprendre que le Cégep de Trois-Rivières, lors du conseil d’administration prévu le 28 mars, s’apprête à fermer cinq programmes techniques qui vont contribuer à accentuer le problème.

Parmi les cinq programmes menacés de fermeture, le programme de maintenance industrielle (mécanique industrielle) nous tient particulièrement à cœur puisque nous côtoyons les collègues professeurs qui assurent une formation de qualité aux étudiants inscrits dans ce programme, et permet de faire rayonner le cégep internationalement par du perfectionnement de formateurs étrangers.

Pour une personne non initiée, il va de soi, de considérer plausible et défendable de procéder à la fermeture de programmes d’enseignements lorsqu’il n’y a pas assez d’inscriptions pour garantir une viabilité économique de ceux-ci. Cependant, le lecteur sera étonné d’apprendre que le programme de Technologie de maintenance industrielle n’a pas été soutenu financièrement par le Cégep de Trois-Rivières à même ses budgets d’exploitation en raison de l’atteinte, année après année, du nombre minimal d’inscriptions afin d’obtenir le financement spécifique aux petites cohortes de la part du gouvernement du Québec. Année après année, les inscriptions dans ce programme, lors du premier tour, ont rarement permis d’atteindre le minimum requis de dix étudiants. Ce minimum fut toujours obtenu lors des deuxièmes et troisièmes tours des inscriptions.

Pour des raisons qui demeurent à être connues, il y a eu au cours des dernières années des déficits importants de l’enveloppe du «E», soit le budget dédié au personnel enseignant. Si les causes ne sont pas identifiées pour l’instant, le constat est tout de même officiel. Pour combler ce déficit, la direction du Collège, parmi les options qui s’offraient à elle, a choisi, dans une décision des plus surprenantes (car il n’y a pas de cause à effet) de procéder à la fermeture de cinq programmes afin d’économiser principalement les salaires des professeurs et techniciens concernés. Pour le citoyen qui lit ces lignes, la décision devient moins pertinente lorsqu’on sait que les professeurs seront, pour une proportion importante, mis en disponibilité en ayant une portion salariale assumée (même s’ils n’enseignent pas advenant qu’il n’y ait pas de tâche d’enseignement disponible dans la région) par un autre budget d’exploitation. Autrement dit, toute cette opération vise essentiellement à faire équilibrer un budget en transférant certaines dépenses d’une colonne comptable à une autre! Les impacts ne sont toutefois pas négligeables!

Il faut savoir que le rôle d’un technicien en maintenance industrielle est comparable à celui d’un médecin dans une usine: il analyse les problématiques, il pose des diagnostics, il procède aux interventions et il applique les solutions nécessaires pour que les différentes composantes d’une machine ou d’un procédé soient à nouveau opérationnelles et offrent les performances requises. Ces travailleurs peuvent intervenir entre autres sur les paramètres liés à la mécanique, l’hydraulique, la pneumatique, l’automatisation, etc.

Rappelons qu’il y a actuellement, selon l’information sur le marché du travail (IMT) émis par Emploi Québec, environ 862 postes à combler, des salaires variant entre 53 000 $ et 80 000 $ annuellement avec un taux de placement presque parfait, oscillant entre 97 % et 99 %. La pénurie s’explique en partie par une faible quantité de finissants dans les huit cégeps offrant ce programme à travers le Québec, soit moins d’une centaine.

Le Québec ne peut pas se priver de ces «docteurs» industriels dans l’optique d’améliorer sa productivité! Ce sont eux qui en assureront la pérennité!

En terminant, rappelons que le Cégep de Trois-Rivières est l’un des cégeps qui offrent la plus grande variété de formations, soit plus de 40 programmes. La décision de suspendre les programmes de mécanique du bâtiment, métallurgie (option contrôle des matériaux), technologie de l’électronique (option télécommunications) et maintenance industrielle, privera ainsi les étudiants de la région de possibilités de formations qui leur permettront, dans leurs emplois futurs, de colmater ce besoin.

Luc Veillette, coordonnateur

Département de génie mécanique

François Cloutier, ing. professeur

Département de génie mécanique

Cégep de Trois-Rivières