Le système de santé mis en place par le ministre de la Santé Gaétan Barrette ne fait pas que des heureux.

Une histoire de «normes» et de «statistiques»...

Lettre adressée au ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette.
Monsieur le ministre,
Un brin d'histoire pour votre gouverne, je ne suis sûrement pas la première, ni la dernière à vivre ce genre d'aventures, mais j'ai le goût de vous la partager, même si vous êtes bien occupé, que vous connaissez bien le milieu et comment régler les problèmes du réseau de la santé, ce que, moi, je découvre aujourd'hui, au fur et à mesure des nouveaux épisodes.
Mon conjoint souffre de la maladie d'Alzheimer, il est resté à la maison aussi longtemps que possible, mais on n'a aucun contrôle sur la détérioration de cette maladie.
En août dernier, j'ai dû me résigner à signer le formulaire «changement de milieu de vie», constat de notre travailleuse sociale, qui en passant a fait un très bon travail pour le maintien à domicile. Début octobre, j'ai dû le transférer dans une résidence pour du répit, je n'avais plus de gardienne à temps plein à la maison.
Est arrivé ce qui devait arriver: comme ce n'était pas une résidence pour ce genre de maladie, même si tous ont mis les efforts pour que cela fonctionne, il s'est retrouvé à l'urgence à Louiseville, et là commence la découverte du système. Après 24 heures, on doit le transporter au centre hospitalier régional, à Trois-Rivières; c'est la norme!!! Question de statistiques, de performance... je ne sais pas.
Donc, transfert à l'urgence de Trois-Rivières, prise en charge par le médecin de l'urgence, référé à un médecin de médecine familiale qui prescrit une hospitalisation dans une chambre privée avec une demi-porte fermée, pour sa sécurité et celle des autres, il est confiné dans cette chambre, c'est la norme!
Après quinze jours de ce régime, le médecin confirme que sa santé est maintenant stable et qu'il doit être «reloc» c'est-à-dire relocalisé, c'est évident que ce n'est plus un cas d'hôpital. Je suis en mesure de comprendre cela, nonobstant mon ignorance du réseau.
Alors, rencontre avec le travailleur social qui me confirme qu'il doit être «reloc» dans un CHSLD, car la madame «du mécanisme d'accès à l'hébergement» du CIUSSS-MCQ en a décidé ainsi, car monsieur a des agressivités verbales et physiques!
Ici, je défie qui que ce soit, malade ou pas, d'être enfermé dans une chambre, tout seul, avec une demi-porte fermée de l'extérieur et prisonnier de cet espace minuscule et lugubre et qui resterait «zen»!
Donc, la sentence est tombée, par madame la juge du «reloc» confirme que l'on doit attendre une place dans un CHSLD, dans un rayon de 70 km de notre résidence, point à la ligne, c'est la norme!
En attendant, sa condition cognitive se détériore tous les jours. Et là, on m'explique que comme il est en attente de relocalisation, je dois payer les frais d'hébergement comme dans un CHSLD, soit 1811,40 $ par mois, tant qu'il n'y aura pas une place de libre pour lui.
J'insiste pour voir s'il n'y aurait pas une autre solution, pas à cause de l'argent, mais à cause de la détérioration cognitive dû à l'isolement, je dirais plus confinement, pour moi, ce n'est pas le monsieur violent du 455, mais l'homme avec qui je vis depuis 48 ans.
Rien à faire ce sont les directives, c'est la norme, il y a les statistiques, les budgets, etc.
Considérant mon étonnement, ma peine, on me suggère que je pourrais engager quelqu'un pour rester avec lui quelques heures par jour pour le faire marcher, le stimuler et j'ajouterais le laver, car on me dit que moi, je dois être vigilante pour ne pas m'épuiser! C'est une délicate attention je le reconnais, mais...
Voilà, je suis rendue à ce chapitre dans mon histoire, à ne pas savoir, ni où, ni quand mon conjoint aura une place pour sa condition. Mais... ce sont les directives et les normes!
Je sais que mon histoire n'est pas unique, que je la raconte ne changera peut être pas grand-chose, mais cela me fait du bien de le crier, avant d'étouffer. Vous, monsieur le ministre, vous connaissez comment cela fonctionne, comment régler les problèmes du réseau de la santé; nous on découvre quand on est «dedans».
Mon conjoint et bien d'autres sont des victimes innocentes de la politique et des statistiques et du manque de places. Quand y aura-t-il plus des maisons comme Carpe Diem pour nos malades atteint d'Alzheimer?
Janyse Lacoursière Pichette
Sainte-Ursule