L'auteur de cette lettre se dit mal à l'aise chaque fois que Québec solidaire et le Parti québécois s'affrontent.

Une histoire d'amour solidaire

Au début de l'âge adulte, j'ai entretenu une relation amoureuse éphémère avec la formation du Parti québécois (PQ). Cette relation s'est mal terminée.
Nous avions des objectifs de vie communs, mais nous provenions clairement de cultures différentes et vivions des frustrations constantes l'un face à l'autre. Plutôt que de vivre une relation malsaine et de laisser les choses s'envenimer, j'ai choisi de la quitter.
Depuis, je regarde son parcours, parfois avec envie, parfois avec le jugement sévère de quelqu'un qui observe les mauvaises décisions de son ex. Nous nous obstinons encore à l'occasion, mais je ne la considère pas comme mon ennemie pour autant.
Aujourd'hui, je suis en couple avec Québec solidaire (QS), depuis 2006. Je la connaissais et l'admirais déjà au temps d'Option citoyenne et de l'Union des forces progressistes. Même avant cela, je l'avais fréquentée au temps du Rassemblement pour l'alternative progressiste, alors que, je l'admets, j'étais en relation avec mon ex.
Mais en 2006, ce fut le coup de foudre officiel. Je reconnaissais une partenaire de vie politique avec laquelle je pouvais défendre plusieurs de mes convictions. En 2008, j'ai officialisé ma relation avec ma douce solidaire en devenant membre.
Depuis, j'observe les étapes de vie de ma tendre moitié avec fierté et admiration. Les progrès sont lents, mais constants: d'un (2008), à deux (2012), à trois (2014) députés à l'Assemblée nationale. Ses luttes acharnées lui permettent de défendre les grands oubliés de notre système (pauvres, aînés, immigrants, membres de la communauté LGBTQ et j'en passe). Elles permettent de redonner une voix à ceux qui se sentent trahis par les élites au pouvoir depuis des décennies.
En presque une décennie à l'Assemblée nationale, QS a permis de faire reconnaître que la politique peut réellement se penser autrement. Il est vrai qu'on qualifie parfois ma partenaire de trop radicale ou trop idéaliste. Et alors? Je perçois cet idéalisme comme une nécessité, celle de se remettre en question de façon permanente et de refuser le statu quo.
Or, au congrès de mai, mon amour solidaire m'a déçu. Je me suis senti trahi et peu consulté. Elle avait une chance de faire la politique autrement, alors que mon ex lui tendait la main. C'est vrai, mon ex nous joue parfois dans le dos. Elle parle contre nous et nous insulte même parfois. Mais cette fois-ci, je la sentais sincère dans son intention de trouver des solutions à notre insoluble problème libéral commun.
Je cherche rarement la chicane. C'est d'ailleurs pourquoi je suis mal à l'aise chaque fois que ma blonde et mon ex se chamaillent. Je suis un type plutôt conciliant qui aime prendre du recul lors d'une épreuve. La semaine dernière, j'ai été blessé, mais je demeure en amour.
Pour l'instant, je conserve ma carte de QS, me disant qu'il ne faut tout de même pas briser une relation à la première épreuve. De toute façon, ce n'était pas le temps de rompre cette semaine, alors qu'elle célébrait une victoire électorale.
Mais je suis déçu que ma partenaire n'ait su profiter de la conjoncture pour faire la politique autrement, dans une province qui en a tant besoin et où le cynisme est maître et roi. Je sentais que je devais le lui dire, le lui écrire.
Daniel Landry
Trois-Rivières