La valeur patrimoniale de l'ancienne gare de Shawinigan est indéniable. La Ville a fait l'acquisition du bâtiment, mais devra débourser des sommes importantes pour sa rénovation et sa restauration. En cette Semaine du patrimoine à Shawinigan, il y a une réflexion à faire sur ce qu'on souhaite protéger et mettre en valeur.

Une gare de 1927 ou une église de 1929?

Dernièrement dans Le Nouvelliste, je constatais que la Ville de Shawinigan allait de l'avant dans le dossier de l'acquisition et de la protection de la vieille gare, un dossier qui est sur la table depuis des années.
Dans mon cas, je me souviens d'avoir écrit des lettres d'opinion pour utiliser cette bâtisse qui dormait en décrépitude le long de l'avenue de la Station.
Je voulais simplement qu'on se serve de cet espace patrimonial comme centre d'accueil touristique et également comme lieu culturel pour des expositions de photos et possiblement un théâtre d'été dans la partie entrepôt située du côté nord, et cela durant la période allant du mois de mai au mois d'octobre de chaque année... sans trop de restauration.
Voici une partie du texte de cet article du Nouvelliste: «Rappelons qu'après huit ans de négociations, le conseil municipal a finalement pu autoriser cette acquisition en février, au coût de 150 000 $. Toutefois, le dernier programme triennal d'immobilisations adopté en décembre estime à 1,97 million $ le montant nécessaire pour la rénovation et la restauration de l'immeuble».
Je trouve énormes les montants d'argent qui seront exigés pour réaliser cette aventure patrimoniale.
Dans un autre volet toujours patrimonial, mais religieux, juste au-dessus de ce site de la gare s'élève la magnifique église Saint-Pierre qui, avec les temps qui courent, se retrouve presque, elle aussi, sur la voie d'évitement. Plus de curé, quelques offices religieux, une cinquantaine de paroissiens les dimanches.
Pourtant, depuis les débuts de la ville en 1901, des paroissiens, des citoyens, des commerçants, des associations ont contribué à bâtir ce magnifique temple. En 1901, les pouvoirs économiques s'alliaient avec le pouvoir religieux qui animait les familles ouvrières qui construisaient la ville de Shawinigan. 
C'était dans notre culture de se faire éduquer et former dans ces traditions millénaires qui animaient tout l'occident à travers la religion catholique.
Mais les temps changent et la révolution culturelle «tranquille» a fait que le monde religieux a basculé... on a jeté le bébé avec l'eau du bain, comme on dit.
Au lieu de faire le ménage dans une mauvaise administration, où quelques pédophiles ont brisé la vie d'environ 7 % de la population (ce que je trouve déplorable), on a évacué 93 % de ce que plusieurs considèrent toujours comme une belle instruction, formation et éducation données par ceux et celles qui avaient la «vocation».
La disparition des grandes usines, la population vieillissante, l'absence de relève dans le clergé, l'invasion des technologies nouvelles contribuent à réduire l'attachement aux valeurs traditionnelles.
Dans ce dossier aussi (patrimoine religieux), une demande avait été acheminée et acceptée pour des rénovations et restaurations pour l'église Saint-Pierre. Un montant de 1,5 million $ était réservé pour des travaux.
Une tentative d'une activité récurrente «Festival de musique sacrée» a été réalisée en 2011. Pas trop de succès. En 2012 ce furent la Coupe Mémorial, et les Jeux du Québec qui allaient centraliser toutes les collectes de fonds. Par la suite, les membres de la Fabrique abandonnèrent le projet dans lequel il fallait recueillir 30% (450 000 $) du montant pour que la subvention de 70 % soit allouée.
Là aussi je trouve les montants exorbitants.
Mais dans le comparatif de conservation du patrimoine, je pense qu'à choisir entre la gare du CPR et l'église Saint-Pierre, pour moi, il n'y a aucune hésitation.
Je choisis l'église Saint-Pierre, pour son architecture, sa décoration par le célèbre maître-verrier Guido Nincheri, son histoire et surtout le fait que ce sont les paroissiens, les commerçants, les institutions, les associations, qui à travers des décennies ont contribué à maintenir cette page de notre histoire née en même temps que la ville de Shawinigan en 1901.
Ce lieu pourrait encore avoir une vocation culturelle, historique et religieuse: visites guidées des vitraux de Nincheri, concerts d'orgue, histoire de la ville de Shawinigan, hommage et reconnaissance aux bâtisseurs, etc.
En Europe, à ce que je sache, plusieurs pays ont aboli la royauté mais on a gardé les châteaux. La France est devenue laïque depuis longtemps et les cathédrales sont encore visitées.
La semaine du 8 au 13 mai est la Semaine du patrimoine à Shawinigan, j'invite donc la Ville par l'entremise de ses conseillers, la Corporation culturelle et autres organismes ainsi que les individus avec une vision patrimoniale, à considérer les différentes avenues pour sélectionner les meilleurs sites patrimoniaux et de faire en sorte qu'ils soient protégés et mis en valeur.
J'en appelle à votre réflexion, à votre discernement, et à votre implication pour conserver et mettre en valeur le patrimoine de chez nous.
André-Jean Bordeleau
Shawinigan