L’actualité économique a fait place à plusieurs entreprises de la région dans les technologies vertes, comme Waste Robotics, par exemple.

Une fierté économique retrouvée?

L’auteur, Frédéric Laurin, est professeur d’économie à l’École de gestion de l’UQTR et chercheur à l’Institut de recherche sur les PME.

En effectuant une revue de presse des événements économiques de 2018 en Mauricie, un élément particulier m’a frappé: pas de mauvaises nouvelles économiques majeures cette année (si on exclut évidemment le conflit à l’ABI car nous n’avons pas encore la fin de l’histoire).

Quel contraste après des années de fermetures emblématiques d’entreprises et de chômage élevé! Le taux de chômage se retrouve aujourd’hui à un creux historique à 4,9 %, contre 9,5 % il y a dix ans. La région est pratiquement au plein emploi!

C’est donc dire que les PME ont pris le relais de la création d’emploi. L’avenir économique de la Mauricie repose désormais sur des entrepreneurs d’ici, des gens fiers de leur région et ayant à cœur son développement, et non plus sur des multinationales venues d’ailleurs.

Je dirais même plus, la revue de presse trace le portrait d’une fierté économique retrouvée, avec une série de nouvelles sur des PME en croissance. Elle témoigne aussi d’une rafraîchissante effervescence entrepreneuriale. Les jeunes entrepreneurs d’ici n’ont jamais été aussi visibles. On peut penser, par exemple, au passage de plusieurs entrepreneurs de la Mauricie à la populaire émission Dans l’œil du dragon (Flytrippers, la Distillerie Mariana…).

L’année 2018 aura été celle de l’essor confirmé de nouveaux secteurs porteurs pour l’économie de la région, annonçant sa diversification industrielle. Je pense en particulier aux technologies de l’information (TI), devenues dans la région un pôle innovant d’une trentaine d’entreprises, regroupées sous le nom de ForceTI (forceti.ca). Si les TI de Montréal sont surtout centrées sur le jeu vidéo et le divertissement, ForceTI se distingue par une spécialisation dans les logiciels pour les entreprises et le manufacturier, un créneau unique au Québec.

Il ne faudrait pas oublier le rôle essentiel du Digihub de Shawinigan, au cœur de la démarche entrepreneuriale des TI en Mauricie. Le «hub» fait parler de lui partout au Québec et dans le monde, offrant à la région une visibilité incomparable.

L’actualité économique a aussi fait place à plusieurs entreprises de la région dans les technologies vertes. On pense par exemple à Waste Robotics, aux fabricants de bornes électriques Elmec et AddÉnergie, à Marmen, à Peinture Laurentide, aux projets de biomasse et de bioraffineries... C’est sans compter Nemaska Lithium à Shawinigan, qui deviendra un leader mondial dans le lithium, une ressource cruciale pour la fabrication de piles rechargeables.

L’année 2018 est celle des microbrasseries et des distilleries en Mauricie, avec l’ouverture, entre autres, de la distillerie Wabasso.

L’année 2018 est aussi celle des microbrasseries et des distilleries en Mauricie, avec l’ouverture de la distillerie Wabasso, de la malterie Le Maltraiteur, de la brasserie Dépareillée, de la micro le Mouton Noir, sans compter l’inauguration de la Route des Brasseurs de la Mauricie. Entre 2012 et 2016, les micros d’ici ont gagné plus de 100 prix et distinctions lors de concours nationaux et internationaux de bières, contre environ 13 en moyenne pour le total des autres régions québécoises. Plus que jamais, la Mauricie est la terre de la microbrasserie au Québec!

Très impliquées dans leur milieu, les micros sont des vecteurs reconnus de développement socio-économique et de tourisme pour la région. D’ailleurs, les visiteurs sont de retour en Mauricie, et pas seulement pour la bière: Amphithéâtre Cogeco, spectacles hommages du Cirque du Soleil, le cirque Éloize à Shawinigan, l’ouverture du Centre d’événements et de congrès (CECI) de Trois-Rivières…

Et encore, par manque d’espace, je ne mentionne pas l’apport du secteur du transport, avec notamment le développement du Port de Trois-Rivières ou encore de la fabrication et conception de machines, un nouveau créneau d’excellence regroupant 200 PME.

Tout cela confirme le processus de diversification économique de la Mauricie.

Plusieurs intervenants sont venus nous le dire cette année. «La Mauricie est en avant de la parade», proclamait M. Claude Gagnon, président de BMO, Groupe financier Québec, lors d’une conférence à la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, tandis que le PDG d’Investissement Québec, M. Pierre Gabriel Côté, parlait de la Mauricie comme «un exemple» lors de sa venue à Trois-Rivières.

Mais qui le sait?

Malheureusement, ce renouveau économique n’est pas encore assez connu et visible. La Mauricie garde encore une image d’une vieille région industrielle en déclin, malgré ses récents succès. Y compris au sein de sa propre population!

À l’Institut de recherche sur les PME de l’UQTR, nous avons réalisé une enquête après de 748 étudiants universitaires inscrits dans des universités de Montréal et de Québec. Cette étude confirme la très faible capacité d’attraction de la Mauricie. 46 % des étudiants ne peuvent identifier un seul élément associé à la région, ni un lieu, ni une personne, ni un événement, tandis que 19 % d’entre eux savent seulement que Trois-Rivières ou Shawinigan se situe dans la région. C’est donc au total 65 % des étudiants qui ne connaissent rien à la Mauricie. Comment les convaincre de venir chez nous dans ces conditions?

Dans un contexte de graves pénuries de main-d’œuvre, la région aurait besoin d’une véritable stratégie de visibilité afin d’attirer des investissements, des entrepreneurs et de la main-d’œuvre. Objectif: faire connaître la Mauricie 2.0, avec sa qualité de vie, ses PME dynamiques et innovantes qui embauchent, ses nouveaux secteurs porteurs, son renouveau économique, ses arts et sa culture… et ses bonnes bières!

Pour 2019, je nous souhaite donc la mise en œuvre d’une stratégie de marketing territorial, à l’échelle provinciale. Chacun et chacune seraient mis à contribution, dans une grande initiative collective et innovante, impliquant citoyens, entreprises, université et cégeps, organismes socio-économiques…

Toutes et tous ensemble, soyons ambitieux pour 2019!