Une décision qui s’imposait

ÉDITORIAL / Mais que se passe-t-il donc dans les résidences Chemin du Roy? À la résidence Notre-Dame plus particulièrement? Qu’est-ce qui a poussé des résidents à littéralement s’enfuir parce qu’ils craignaient pour leur santé et leur sécurité? À quel type de gestionnaires ou d’exploitants avons-nous affaire ici? La situation est à ce point préoccupante qu’elle a entraîné le déclenchement d’une enquête par la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, et la mise en place d’une cellule de crise. C’est la décision qui s’imposait.

Mais comment se fait-il que personne au ministère ou au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec n’ait eu la puce à l’oreille avant que des résidents décident de livrer leur histoire au Nouvelliste? Comment se fait-il que les communications entre les ministères et les organismes de l’État soient à ce point défaillantes qu’on n’a pas vu l’ombre d’un problème lorsqu’un propriétaire de résidence privée pour aînés multiplie les recours pour au moins huit causes de résiliation de bail?

Ce sont des questions inquiétantes. Mais ce qui l’est encore plus, c’est la santé, la sécurité et le bien-être des résidents.

Les résidences Chemin du Roy, ce sont cinq établissements entre Yamachiche et le secteur Cap-de-la-Madeleine. Un des principaux arguments de vente des propriétaires demeure le coût mensuel avantageux lorsqu’on le compare à la plupart des autres résidences privées de la région. On commence peut-être à comprendre pourquoi.

La présomption d’innocence impose de ne pas sauter aux conclusions. C’est pourquoi le travail du CIUSSS, au cours des prochaines semaines, sera d’une grande importance. L’organisme doit produire un état de la situation afin de déterminer s’il y a des correctifs à apporter.

Au nombre des faits allégués par les résidents ou ex-résidents qui ont dénoncé la situation, on retrouve de la fausse représentation, un climat de peur, de l’insalubrité, de la maltraitance, de la nourriture avariée et des soins inadéquats. C’est sérieux. Et c’est à se demander comment, si les situations évoquées sont réelles, les résidences Chemin du Roy peuvent maintenir en vigueur leur certification par le CIUSSS-MCQ.

Le CIUSSS, en effet, est responsable du processus de certification de toutes les résidences privées pour aînés situées sur son territoire. Dans le cadre du processus de certification, une vérification est réalisée par Agrément Canada et le suivi des recommandations est assuré par le CIUSSS. Si une résidence répond aux exigences du règlement, le CIUSSS émet un certificat de conformité renouvelable tous les quatre ans. Les cinq établissements des résidences Chemin du Roy figurent dans la liste des résidences certifiées par le CIUSSS, ce qui soulève aussi des questions.

Si la santé et la sécurité des résidents est un enjeu, il y aurait peut-être lieu que le Protecteur du citoyen s’en mêle, parallèlement à l’enquête que fera le CIUSSS. Parce que dans un cas comme celui-là, ce ne serait certainement pas le CIUSSS qui ferait la démonstration selon laquelle il a failli à sa mission.

La loi prévoit en effet que c’est le Protecteur du citoyen qui exerce les fonctions dévolues au Protecteur des usagers en matière de santé et de services sociaux. Celui-ci doit veiller, par toute mesure appropriée, au respect des usagers ainsi que des droits qui leur sont reconnus. Il peut intervenir s’il a des motifs raisonnables de croire qu’une personne physique ou un groupe de personnes physiques a été lésé par l’acte ou l’omission d’une instance de la santé ou des services sociaux ou peut vraisemblablement l’être. En vertu de ceci, le Protecteur du citoyen a déjà réalisé des interventions dans des résidences privées pour aînés pour s’assurer que les droits des personnes visées sont respectés et qu’un environnement de vie adéquat leur est offert.

La sortie médiatique de ces résidents soucieux d’éviter que d’autres personnes «tombent dans le piège» soulève bien des questions. Il importe de traiter ce dossier avec la plus grande diligence et avec tout le sérieux qui s’impose.