L’auteure de cette analyse offre son point de vue sur la mobilisation sociale qui prend de l’ampleur partout, même dans notre région.

Une cause qui nous rassemble

L’auteure, Valérie Delage, est intervenante à la Maison Coup de pouce de Trois-Rivières. Elle a été candidate pour Québec solidaire dans la circonscription de Trois-Rivières lors des dernières élections provinciales.

Dans le contexte d’un système économique et social qui montre des signes d’épuisement à l’échelle mondiale, l’année 2018 a vu progresser deux tendances opposées. D’un côté, la montée de la droite – comme en témoignent les résultats des élections récentes en Ontario, au Nouveau-Brunswick ou encore au Brésil –, une posture politique qui rallie les partisans du repli identitaire et d’un certain conservatisme, et qui s’exprime entre autres par la crainte de l’immigration. De l’autre côté, un renforcement des mouvements sociaux et de la gauche en réaction aux inégalités grandissantes et à la crise environnementale.

En Mauricie, les prémisses de cette seconde tendance se sont d’abord manifestées à Trois-Rivières en novembre 2017 par l’élection d’un conseil municipal majoritairement progressiste. Ensuite, lors des élections provinciales d’octobre 2018, on a constaté un engouement notable pour les candidats et candidates de Québec solidaire qui ont plus que doublé leurs résultats de 2014 dans presque toutes les circonscriptions de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Enfin, point culminant de cet éveil social, la mobilisation citoyenne pour l’environnement tenue le 10 novembre dernier a réuni environ 1000 personnes à Trois-Rivières, ce qui s’était rarement vu.

Photo; Andre Pichette /La Presse - La Presse-Actualité Numéro de l'affectation: P-ACT-2018-10-01-6234  Partisans celebrent la victoire des candidats a la Soiree electorale Quebec Solidaire  QS avec Manon Masse? et ?Gabriel Nadeau-Dubois a l'Olympia.  Photo;Andre Pichette / La Presse 01-10-2018

Comment expliquer cette mobilisation et les revendications qui s’intensifient? La principale raison est certainement que le système économique capitaliste, basé sur la croissance infinie dans un espace fini, présente des signes de faiblesse. Il épuise les ressources de la planète et les ressources humaines au profit d’un petit groupe de privilégiés. Les mouvements de gauche, auparavant associés à la défense des plus démunis ou de quelques grenouilles menacées par un projet immobilier, ne se cantonnent plus aujourd’hui dans la marginalité puisqu’ils rejoignent une large part de la population, directement touchée et concernée par les procédés du capitalisme. En effet, les gens travaillent toujours davantage, sont pris dans une spirale de surconsommation et d’endettement, ont de moins en moins de temps pour profiter de leurs avoirs et pour se réaliser suivant leurs aspirations, tandis que les taux d’épuisement professionnel et de consommation d’antidépresseurs n’ont jamais été aussi élevés. Triste bilan! En parallèle, les personnes les plus riches de la planète (1 % de la population) s’approprient une proportion toujours croissante des richesses générées (82 % en 2017, selon OXFAM).

Le constat environnemental n’est guère plus reluisant. Le consensus scientifique sur l’urgence climatique est maintenant établi et tous les grands regroupements internationaux sonnent l’alarme les uns après les autres. Il ne s’agit plus de «possibles» changements climatiques, mais bien de survie de la planète et de l’espèce humaine. Pourtant, nos instances gouvernementales semblent ne pas comprendre pleinement cette réalité: elles continuent à faire mijoter la sacro-sainte croissance économique dans la cuisine pendant que la maison brûle, au lieu d’appeler les pompiers! Leurs actions sont beaucoup trop frileuses et lentes. Devant cette inertie politique, la seule voie utile et pertinente est la mobilisation populaire.

De fait, et heureusement, les initiatives citoyennes sont nombreuses. Au cours des derniers mois, notre région s’est affirmée par plusieurs courants alternatifs par rapport au dogme économique, comme l’agriculture urbaine, l’écocitoyenneté, la décroissance, la consommation locale, l’achat en vrac ou encore le zéro déchet. De nouveaux modes de vie émergent et s’implantent, en partie grâce aux réseaux sociaux. Il faut également souligner ici les gestes posés par la Ville de Trois-Rivières. Elle a mené des consultations citoyennes sur la politique de développement durable, l’aménagement de l’île Saint-Quentin et l’agriculture urbaine. La Ville reconnaît aussi l’urgence climatique, mais il reste que des actions concrètes devront faire suite à ses intentions.

Les mouvements sociaux progressistes ne manqueront pas de défis dans les prochains mois. Par exemple, faire entendre des appels à la tolérance et à l’inclusion face aux politiques polarisantes en matière d’immigration. De même, nous concerter et exprimer une solide unité devant certains des projets, comme l’usine d’urée et de méthane à Bécancour – qui émettra l’équivalent de 180 000 voitures par année en gaz à effet de serre – et le gazoduc qu’on veut faire passer au nord de La Tuque. Voilà des projets qui entretiennent notre vieux modèle économique polluant dans un contexte de survie climatique. Il est temps de changer la donne, car les régions visées, celles où nous vivons, disposent de tous les atouts pour devenir des pionnières en matière d’économie verte. Soyons visionnaires et agissons en ce sens.

Nos collectivités doivent se serrer les coudes, s’organiser et exiger des élus des actions rapides. Dans cette perspective, je crois qu’il faut remettre le bien commun au cœur de toutes nos décisions, en proposant un projet de société recentré sur l’humain et son environnement, en toute solidarité.

Et gageons que le climat continuera de nous mobiliser en 2019…