Si la population dans les métropoles présente une plus grande diversité, celle des régions est beaucoup plus homogène.

Une blancheur qui dérange

L'auteur, Simon Couillard, est doctorant en études québécoises à l'Université du Québec à Trois-Rivières.
Comme j'écoutais la radio de Radio-Canada dimanche dernier, une invitée faisait la remarque suivante: «Je pense que nos décideurs doivent mettre leurs culottes et être du côté de l'histoire. Je dis toujours que je suis la femme de deux îles, Montréal et Haïti. Quand on regarde à Montréal, c'est beau, c'est métissé, on voit des couples métissés, c'est les nations unies. La télévision et le cinéma doivent refléter la réalité démographique [...]. Ce n'est pas normal que je me sente chez moi quand je sors dans la rue, et que, quand j'ouvre la télévision, je pense que je regarde la télévision suédoise! Je l'explique par les décideurs qui sont dans un monde à part».
Elle demandait la mise en place de quotas dans la production cinématographique et télévisuelle au Québec, afin que les minorités y soient mieux représentées. 
Je me rendais faire des achats, j'étais à Trois-Rivières. Le contraste entre la réalité de cette dame et la mienne, à cette heure, était frappant. Moins de diversité et de métissage ici. Et déjà, c'est moins uniforme que dans les années 1980 ou 1990!
L'invitée ajoutait: «La réalité dans le Canada anglais, c'est pas rose, mais c'est tellement mieux. Ils nous dépassent de beaucoup et je trouve ça lamentable, parce que le public québécois est prêt. Il regarde des films diversifiés!»
On imagine bien ce qu'est un film diversifié, en ce sens, et il y a sans doute plusieurs arguments qui militent pour une plus grande diversité à l'écran. Mais s'il faut parler de quotas, il faut également mettre certains chiffres en perspective.
Précisons d'emblée qu'une majorité de Québécois vivent en région, et il se peut que le caractère «montréalais» de nos médias nationaux explique qu'on l'ignore souvent. Et s'il y a relativement plus de blancs à la télévision québécoise qu'à la télévision canadienne-anglaise, le fait qu'il y ait proportionnellement plus de blancs au Québec (87 %) qu'ailleurs au Canada (75 % en Alberta, 71 % en Ontario, 63 % en Colombie-Britannique, etc.) l'explique partiellement.
Il n'y a pas lieu d'en tirer gloire ou mauvaise conscience, mais s'il fallait prendre pour modèle la télévision canadienne-anglaise, ne faudrait-il pas éviter un préjudice d'un autre ordre? Comment penser la représentation adéquate des minorités à l'écran? 
Car si, au Québec, un peu moins de neuf personnes sur dix sont blanches, cette proportion est sensiblement plus grande chez les francophones (on parle de la télévision en langue française, après tout). Si on prend la francophonie, mais à l'échelle du Canada, cette proportion grandit encore.
Certaines raisons historiques expliquent cela: une présence plus ancienne, les taux de fécondité à une autre époque, les droits linguistiques et religieux bafoués hors Québec, etc. Nul besoin de s'étendre pour dire que nous n'échappons pas au passé, et il serait dommage, dans les discussions sur la diversité à l'écran, que la blancheur relative du Québec soit présentée comme une tare. Ce serait bien mal engager un débat qui, autrement, pourrait faire des convertis.