Une bien mauvaise idée

Qu'il y ait un nouveau colisée à Trois-Rivières, d'accord. Mais qu'il soit construit sur le campus de l'UQTR et que cette dernière assume les risques de ses opérations, c'est une très mauvaise idée. Un gros colisée sur le campus (même avec le maquillage académique d'un centre d'excellence) n'amènera pas un étudiant de plus à l'UQTR. Pour faire place à cet édifice ainsi qu'au stationnement additionnel requis, sans compter un deuxième aréna plus modeste attenant et même un stade de football adossé au tout, l'Université sacrifierait un espace stratégique pour de futurs pavillons en mesure d'accueillir de nouveaux programmes d'enseignement et laboratoires de recherche.
On apprenait hier que la Ville refilait à l'UQTR des risques pour 1,2 million $ par année. La participation financière exigée par le maire de même que d'éventuels déficits opérationnels dans la gestion d'un tel amphithéâtre ne peuvent que contribuer à creuser plus profondément le déficit de l'Université et détourner ainsi vers du pur béton les fonds destinés normalement au développement de l'enseignement et de la recherche.
Au-delà des 26,8 millions $ que le gouvernement québécois a promis pour ce colisée, le ministère de l'Enseignement supérieur n'a pas intérêt à octroyer un financement additionnel, car en fonction des normes ministérielles l'UQTR est largement en surplus d'espace avec l'ajout du CIPP et du campus de Drummondville. Et elle possède déjà des installations sportives très importantes.
L'équipe de hockey des Patriotes n'a pas besoin d'un immense colisée. Le rapport du comité institutionnel sur le sport interuniversitaire de l'UQTR (2010) n'a jamais recommandé la construction d'un aréna sur le campus, mais plutôt le partage des plateaux sportifs en comptant sur les installations qui se planifiaient déjà depuis quelques années au Complexe sportif Alphonse-Desjardins. Il faut rappeler que les 18 matchs à domicile des Patriotes en saison régulière attirent en moyenne 300 personnes.
Par ailleurs, le processus lui-même pour décider de la construction d'un colisée sur le campus est sous le signe de l'improvisation et des manoeuvres occultes. Ça rappelle le projet de reconfiguration de la rectrice, jugé très déficient par la firme Raymond Chabot Grant Thornton. On dépose «séance tenante» au C.A. des documents et des projets de résolution, on ne rend pas publics les documents censés justifier ce projet (sont-ils présentables?). Tout se déroule à huis clos. Des firmes auraient été mandatées pour travailler sur le plan d'affaires par la vice-rectrice à l'administration et aux finances sans passer par le processus d'appel d'offres. Les conflits d'intérêt potentiels ont-ils été considérés?
La réalisation d'un colisée sur le campus n'est d'autant pas nécessaire que la Ville elle-même possède déjà au Parc de l'Exposition le terrain nécessaire pour accueillir un tel bâtiment (à la place du Colisée actuel). En outre, il pourrait cohabiter avec un centre de foires et un hôtel, offrant ainsi un véritable complexe pour tenir divers événements d'envergure, tout près du centre-ville. Avec 5000 sièges et plus, on disposerait même d'un amphithéâtre de rechange pour mettre à l'abri les spectateurs de l'Amphithéâtre Cogeco les soirs de pluie...
Vendredi dernier, le maire Yves Lévesque confiait au Nouvelliste qu'un montant de 1,3 million $ serait basculé dans la Fondation de l'UQTR, mais attitré au colisée. Pourtant, en octobre 2011, le même homme s'engageait à ce que la Ville donne 1,5 million $ à la Fondation de l'UQTR pour soutenir des projets innovants, comme l'hydrogène et les bioprocédés, ou encore la gestion de projets aéronautiques, en lien avec le Technocentre afin de développer à Trois-Rivières l'économie du savoir. Il mentionnait que50 % des étudiants provenaient de l'extérieur de la région.
Le maire a bien raison. C'est par sa mission de développement et de transmission des connaissances que l'Université contribue à l'innovation et au développement de nouveaux emplois liés à l'économie du savoir. Ce sont les nouveaux programmes, les disciplines originales qui amènent à Trois-Rivières des étudiants des autres régions ainsi que des professeurs et du personnel professionnel et technique, qui s'y installent et développent des entreprises et des services.
Ces personnes et ces activités injectent des millions de dollars dans l'économie locale. Tous ces développements requièrent des locaux de classe, des laboratoires et des centres de recherche, donc des terrains bien positionnés stratégiquement afin de pouvoir y construire les pavillons qui accueilleront les nouveaux étudiants et chercheurs. Le corps professoral, renouvelé de façon majeure depuis dix ans, est en posture de développer plein de nouveaux projets pour que l'UQTR se démarque et «surprenne» pour les bonnes raisons.
Espérons que le conseil d'administration et le nouveau gouvernement du Québec refuseront la construction d'un colisée sur le campus, projet hautement nuisible au développement de l'UQTR.
À part la vice-rectrice à l'administration et aux finances, qui veut manifestement être agréable au maire, et la rectrice Ghazzali, qui demeure apparemment une apprentie en matière de gouverne universitaire, il n'y a pas d'enthousiasme délirant dans la communauté universitaire pour ce gros complexe sportif qui viendrait sacrifier la capacité de développement véritablement universitaire. Il y a plutôt la crainte de représailles de la part de la rectrice si quelqu'un lève le doigt pour manifester qu'il n'est pas d'accord. Ça, c'est très inquiétant pour le développement éclairé d'une université et de son milieu.
Rémi Tremblay, ex-adjoint au vice-recteur à l'enseignement De l'UQTR