L'école primaire Sainte-Marie de Saint-Boniface déborde et la situation empirera dans les prochaines années. Le gymnase est utilisé à 192 %. La solution temporaire proposée par la municipalité de réaménager le centre municipal règle une partie du problème seulement.

Un village, une école, un milieu de vie

Depuis que des pionniers se sont installés sur des terres qui font aujourd'hui partie de Saint-Boniface, au milieu du XIXe siècle, l'éducation des enfants a toujours occupé une grande place dans la vie sociale.
Dès que le nombre d'enfants le justifiait, on construisait une école au milieu du rang avec les moyens du bord. Les cultivateurs fournissaient les matériaux, les hommes se rassemblaient et construisaient une école pour assurer une instruction de base à leur descendance.
À un problème heureux, on trouvait une solution simple, logique et rationnelle.
Au fil du temps, les différentes classes des écoles de rang ont été regroupées dans deux écoles au coeur du village. Le premier cycle du secondaire, situé dans la bâtisse qui est devenue le centre municipal, a quitté le village en 1979. Maintenant, l'école primaire Sainte-Marie déborde et la situation empirera dans les prochaines années. Le gymnase est utilisé à 192 %. La solution temporaire proposée par la municipalité de réaménager le centre municipal règle une partie du problème seulement.
Le plan du ministère est de transférer en autobus les élèves excédentaires dans une école de Shawinigan. La communauté est aujourd'hui dépossédée de tout pouvoir concernant le lieu d'éducation de ses enfants, le centre de décision étant désormais situé dans un sinistre immeuble de Québec. La commission scolaire hausse les épaules. Même notre député du parti au pouvoir s'avoue impuissant devant la situation.
Cent cinquante ans de progrès nous ont-ils menés là? Déraciner des enfants de leur milieu de vie pour satisfaire des calculs comptables, qui restent à être démontrés. Des enfants qui ne pourront plus marcher ou prendre leur vélo pour se rendre à l'école, qui ne pourront plus aller dîner à la maison. Des parents qui vont devoir se taper 180 allers-retours annuels supplémentaires à Shawinigan pour aller cueillir leur progéniture après le travail.
À un problème heureux, on multiplie désormais les contraintes, les fausses économies idéologiques, le démaillage du tissu social, soutenu par le transport motorisé et la combustion du pétrole, encore et toujours.
Quels moyens reste-t-il aux parents pour faire entendre raison aux obscurs décideurs après la mobilisation sans précédent du printemps dernier? Inonder le bureau du premier ministre de lettres? Ne plus payer les taxes scolaires en signe de protestation? Construire nous-mêmes de nouvelles classes comme le faisaient nos aïeux?
Pour les familles qui ont choisi Saint-Boniface pour ses services de proximité, sa qualité de vie, et son ambiance rurale, cet exode ne doit jamais se produire.
Luc Arseneault
Saint-Boniface