Un trop gros sapin

Le 9 décembre dernier, je me suis senti triste, désemparé, impuissant. Le 9 décembre dernier, j'aurais plutôt dû être fébrile à l'idée de penser que dans quelques jours à peine, on allait être réunis en famille, assis autour d'une même table à partager un festin, à se remémorer des souvenirs, à se sourire, à rire, à s'aimer.
Le 9 décembre dernier, j'ai ressenti un grand vide, je me suis senti arnaqué, je me suis senti trahi, je me suis senti seul, comme laissé à moi-même. Le 9 décembre dernier, pendant que des milliers de personnes envahissaient les magasins en vue du grand jour, je n'avais aucune envie de festoyer, aucune envie de parler du froid qui se pointe, aucune envie de parler vacances. Depuis le 9 décembre dernier, j'ai le coeur qui veut éclater. 
Je voudrais crier mais personne n'entendrait mes cris. Je voudrais pleurer mais personne ne verrait mes larmes. Alors je me tais et je refoule mes larmes. Ne me reste que le clavier pour m'exprimer. 
Le 9 décembre dernier, alors que ma blonde terminait les décorations de Noël, à garnir et retoucher pour une centième fois le sapin, là-bas, à l'autre bout de l'autoroute 40, tôt le matin, dans un petit salon bleu, des hommes et des femmes que je croyais mes défenseurs m'ont trahi, passant outre la volonté de centaines de milliers de personnes et m'enfonçant dans la gorge une loi qui me dépossédera encore un peu plus de ce qui me reste de pays.
Le 9 décembre dernier, en début de matinée, ma blonde venait de terminer le sapin de Noël. Il est beau, décoré avec passion, fignolé avec respect et garni d'amour. Le 9 décembre dernier, en début de matinée, à l'autre bout de l'autoroute 40, des hommes et des femmes ont travaillé sans passion, ni respect, et sans conviction pour me passer dans la gorge une loi, la loi 106, qui donne le sous-sol du Québec aux compagnies gazières et pétrolières avec en prime le droit de nous exproprier de nos terres.
Ils et elles ont travaillé pour me passer un sapin dont les épines trop grosses et les branches trop lourdes ne m'empêcheront toutefois pas de voir tout le mépris et toute l'indifférence dont ces élus font preuve envers les gens qui les ont portés au pouvoir.
André Lamy
Louiseville