Un test du niveau de français discriminatoire et injuste

Idrissa Diallo
Doctorant en biologie cellulaire et moléculaire de l'Université Laval
POINT DE VUE / Lettre ouverte au Directeur du Service régional d’admission au collégial de Québec (SCRACQ)

Cher Directeur du SCRACQ,

Ma nièce, qui se trouve au village, à 700 km de Dakar la capitale sénégalaise, m’a fait savoir, toute confuse, qu’on lui demande de justifier qu’elle maîtrise le français dans son dossier de candidature au CÉGEP.

Au début, cela m’a paru normal puisque je sais par expérience que pour les besoins du Certificat de Sélection pour le Québec (CSQ) on exige à tous un test du niveau de français, mais aussi que la question de la maîtrise de la langue française est très présente au Québec.

Mais en allant sur votre site Internet, je découvre que cette demande est ciblée et qu’elle vise spécifiquement les étudiants en dehors des pays comme la France, la Belgique et Monaco.

Je précise d’emblée que ma langue maternelle est le pulaar (ou fulani) et que ce français dans lequel je m’exprime et que j’aime, je l’ai appris à l’âge de sept ans (pas avant) sur les bancs d’une petite école d’un petit village (Thilogne, Nord du Sénégal) où l’on parle bien français. Dans votre site Internet (ICI) vous exigez un test de connaissance de la langue française pour les besoins d’admission dans vos établissements membres. Jusque là tout me semble parfaitement légitime et cohérent comme je l’énonçai plus haut.

Cependant, à partir du moment où vous rentrez dans les critères «de qui doit passer ce test?», vous faites preuve d’une véritable discrimination à l’endroit de tous les francophones non originaires de France, de la Belgique ou de Monaco.

Vous vous êtes appuyés sur quelles études ou données scientifiques pour considérer que les étudiants des autres pays francophones sont moins bons en français à tel point qu’ils doivent justifier un niveau suffisant?

Sur quelle base avez-vous exempté les Français, les Belges et les Monégasques d’une telle justification de niveau?

Dans sa charte constitutive signée à Hanoi, la francophonie ambitionnait de promouvoir le rapprochement des peuples par leur connaissance mutuelle et le renforcement de leur solidarité par des actions de coopération multilatérale et jamais il n’a été question de hiérarchisation des pays francophones par le PIB (?), par l’accent (?) ou par la couleur de la peau (?).

En discriminant l’Afrique du centre et de l’Ouest (principales cibles de cette exclusion ou plutôt cibles de cette exigence de justification d’un niveau de français) vous allez à l’encontre de la charte de la francophonie, mais aussi à l’encontre même des ambitions d’un Québec qui se veut défenseur et ambassadeur de la langue française.

Contrairement à ce que l’on peut s’attendre ou croire, près de 60 % des locuteurs francophones vivent en Afrique et c’est en Afrique que le français progresse le plus rapidement (+ 20 % environ). Le Québec, n’ayant pas de passé colonial avec l’Afrique et étant plutôt bien vu dans ces contrées, a tout intérêt à développer des liens plus forts et plus solidaires avec le véritable vivier de la francophonie. Ce que représente la forêt amazonienne et les océans pour la planète, c’est ce que représente l’Afrique pour la Francophonie : le poumon!

Je n’exige rien, je ne demande rien, je ne vous reproche rien, mais je vous invite cordialement à revoir cette politique en concertation avec les établissements membres. C’est une invitation également adressée à toute l’administration publique du Québec, ses institutions et ses établissements d’enseignement.

Conscient de l’attention avec laquelle vous daignerez examiner ma réflexion, je suis persuadé de pouvoir compter sur vous pour éliminer de votre site ce critère discriminant et discriminatoire.

Je souhaiterais par ailleurs vous rencontrer pour un échange amical autour de ce sujet qui me tient à cœur. Vous n’êtes pas à convaincre, vous me comprendrez sûrement à la lecture de ce message, mais mieux vous pouvez participer à ce que ce critère, présent dans de nombreuses démarches administratives au Québec, puisse être banni.

Recevez mes salutations les meilleures.

Idrissa Diallo est un francophone d’Afrique, du Sénégal, de Thilogne.