Éloïse Dupuis est décédée une semaine après son accouchement, en octobre 2016. Le coroner Luc Malouin vient de conclure que c’est de façon autonome et sans influence indue de sa communauté religieuse que cette femme, une Témoin de Jéhovah, a refusé une transfusion sanguine, qui aurait été la seule solution médicale afin de lui permettre de recouvrer la santé.

Un suicide par refus de traitement

«Morte d’une défaillance multiorganique sévère, résultant d’un choc hémorragique», dixit le coroner Malouin à propos de la mort de la jeune témoin de Jéhovah Éloïse Dupuis.

Ce serait sans doute la conclusion d’un rapport de coroner sur le décès d’une jeune femme qui se serait vidée de son sang après s’être ouvert une artère. Et si celle-ci avait déclaré vouloir se suicider parce qu’un extrait débile d’un livre débile le lui aurait commandé, on conclurait au délire religieux. Elle serait sur le point de se jeter en bas d’un édifice sous le même prétexte, on se garrocherait pour l’en empêcher, on serait certain que quelque chose ne tourne pas rond dans sa tête. Et sinon, on serait accusé de non-assistance à personne en détresse, on serait mal foutu de plaider devant un juge: on a respecté sa conviction religieuse, on l’a laissée sauter. Et si quelque imbécile déclarait qu’elle faisait tout simplement partie d’une secte dont il faut respecter les règles, on enquêterait pour voir si cette secte ne mettrait pas en danger la vie de ses membres, y compris des enfants. Ça s’est vu, n’est-ce pas!

À partir du moment où il est scientifiquement reconnu que seule telle intervention spécifique peut sauver la vie d’une personne, le refus de l’intervention par la personne constitue une démarche de suicide, intentionnelle ou non. Et à partir du moment où il est reconnu que ce refus repose sur une conviction religieuse, qui elle-même repose sur l’interprétation d’un passage biblique, on a affaire à du délire religieux, n’en déplaise à Gaétan Barrette, notre ministre de la santé, qui se dit «heureux que le personnel de l’Hôtel-Dieu de Lévis n’ait rien à se reprocher» et qui s’insurge contre le fait que «l’on attache un qualificatif émotif, religieux, alors que dans les faits, sans aucune raison religieuse, une personne saine d’esprit aurait eu aussi le droit de refuser ce traitement-là».

Bien sûr que le personnel de l’hôpital n’a rien à se reprocher et je compatis vivement avec ces soignants qui ont dû assister, impuissants, au suicide d’une jeune maman, malgré tous leurs efforts pour l’en empêcher et la sauver, alors que ces personnes étaient toutes conscientes qu’une simple transfusion sanguine aurait pu la sauver et empêcher un bébé de devenir orphelin de mère. Je les trouve même admirables d’avoir gardé leur sang-froid face à la sottise et au fanatisme de la victime et de ses co-sectaires. Il ne serait pas surprenant que certains aient été tentés de procéder en catimini à la transfusion, quitte ensuite à faire face aux poursuites judiciaires de la part des témoins de l’indicible, de l’inqualifiable, de l’ignoble sottise humaine.

Nous avons tous assisté, impuissants, à ce suicide. Tous impuissants? Vraiment? Non, la victime s’est suicidée avec l’approbation de son conjoint et de son propre père et d’autres «sages» sectaires! Tu parles d’un amour inconditionnel! Tu parles d’une sagesse! Une précieuse vie qui ne tient qu’à l’interprétation bornée d’un passage d’un livre écrit on ne sait trop ni quand ni par qui, et ça se prétend «sage»!

Et un ministre tout aussi crétin qui banalise la futilité du motif «émotif, religieux» comme si celui-ci ne révélait pas de façon dramatique l’incontournable nécessité de revoir au Québec les règles législatives relatives aux dérives sectaires. Ce qui est de la «politique de bas étage», comme il en accuse la CAQ et le PQ, ce n’est pas de dénoncer ce genre de comportements et d’exiger que nos législateurs y accordent d’urgence une attention responsable et indispensable, ce qui est de bas étage, c’est la banalisation par le gouvernement du délire et du délit religieux sectaires.
Par ailleurs, n’est-il pas remarquable qu’actuellement au Québec, le monde médical soit légalement obligé de respecter le désir suicidaire religieux d’une jeune personne au pronostic de santé des plus favorables, alors qu’on peine à implanter l’obligation légale de respecter le désir suicidaire areligieux de malades souffrants au pronostic létal!

Robert Duchesne
Trois-Rivières