Frédéric Laurin
Frédéric Laurin

Un scénario plus optimiste pour l’économie

OPINION / L’auteur, Frédéric Laurin, est professeur d’économie à l’UQTR.

Des scénarios des plus apocalyptiques sont abondamment évoqués au sujet de la crise économique de la COVID-19, jusqu’à établir un parallèle avec la Grande dépression de 1929.

Il est vrai que l’état de l’économie désespère, avec une montée fulgurante du chômage (de 4,5 % à 8,1 % au Québec) et la possibilité de voir près de 25 % des PME disparaître.

Néanmoins, j’ai une analyse beaucoup plus optimiste de la situation.

Pas une récession normale

La première bonne nouvelle, c’est que l’on connaît approximativement le dénouement de l’histoire. Avec les données épistémologiques sur la COVID-19, et voyant ce qui se passe en Chine et en Europe, on peut dire que le confinement strict durera au total deux à trois mois, et ses effets secondaires perdurons pendant un peu plus d’un an.

Oui c’est long, mais c’est encore pire dans une récession économique normale.

Habituellement, une récession débute par un événement ayant un impact négatif dans l’économie (les bourses qui s’écroulent par exemple). Cela amène les consommateurs et les entreprises à devenir pessimistes envers la conjoncture économique future. Craintifs, ils préfèrent alors réduire leurs dépenses afin de mettre de l’argent de côté pour affronter d’éventuelles baisses de revenus.

C’est un cercle vicieux: moins de dépenses, plus de ralentissement économique, plus de pessimisme, donc moins de dépenses… et cela se propage à l’ensemble de l’économie.

Ce n’est pas facile de renverser ce cercle vicieux, qui peut persister pendant des années. La Grande Crise de 2008 a perduré presque huit ans!

La Grande «pause»

La crise de la COVID-19 n’est pas issue d’un dysfonctionnement de l’économie. On a «artificiellement» arrêté l’économie pour des motifs sanitaires. Sauf que l’économie ne sera pas figée ainsi pendant des mois. D’ici quelques semaines, les affaires reprendront graduellement. Et là, on risque d’assister à un mini-boom!

Actuellement, les gens dépensent moins car ils ne peuvent sortir. Quand cela prendra fin, il y aura certainement un boom de consommation: pensons seulement aux salons de coiffure qui connaîtront un afflux remarquable de clients.

Idem pour les entreprises: elles auront besoin de faire de multiples commandes à leurs fournisseurs pour repartir la production, stimulant les dépenses.

Tout cela engendra possiblement un petit cercle vertueux d’anticipations devenues positives: plus de consommation et de production, plus d’entrées d’argent, plus de dépenses, et ainsi de suite.

C’est ce que prévoit d’ailleurs la Banque de développement du Canada (BDC): d’abord une chute du PIB réel de 22 % puisqu’une grande partie de la production tombe d’un coup à l’arrêt, puis un rebond de 1,5 % pour cet été, et de 18 % d’ici la fin de l’année! Au total, le Canada subirait une récession de 2,5 % du PIB.

Faillites et pertes de revenus

Ceci dit, la principale menace de cette pause économique, c’est le risque de faillites et de pertes nettes de revenus: des entreprises qui n’engrangent pas de ventes, des employés au chômage, des travailleurs autonomes qui perdent des contrats…

La crise de la COVID-19 en est une de liquidités, c’est-à-dire ne pas avoir suffisamment d’argent pour payer ses factures, le loyer, les employés, les fournisseurs, etc.

Cette grande fragilité financière pourrait inciter consommateurs et entreprises à réduire substantiellement leurs dépenses dans les prochains mois, menaçant la reprise économique. C’est ce facteur qui pourra nous dire l’ampleur de la récession.

C’est pourquoi les gouvernements ont mis en place toute une série de mesures économiques, dont l’objectif est précisément de soutenir en liquidités les individus et les entreprises.

Le rôle de l’État

À la différence de l’époque de la Grande dépression de 1929, on a aujourd’hui des gouvernements offrant un filet de sécurité social fonctionnel et diversifié, et qui sont, en plus, capables de mettre en œuvre, en un temps record, des programmes d’aide inédits et d’une ampleur historique.

Certains donnaient à nos administrations publiques une réputation d’inefficacité, mais on voit qu’elles peuvent répondre très rapidement et concrètement à la crise.

Ça aussi, c’est une bonne nouvelle!