Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Jeudi, le premier ministre François Legault a été clair: s’il devait y avoir un reconfinement, celui-ci ne serait pas généralisé mais plutôt ciblé.
Jeudi, le premier ministre François Legault a été clair: s’il devait y avoir un reconfinement, celui-ci ne serait pas généralisé mais plutôt ciblé.

Un reconfinement chirurgical en vue

ÉDITORIAL / L’augmentation du nombre de cas de COVID-19 au cours des derniers jours fait scintiller quelques voyants d’alarme au gouvernement. Jeudi, le premier ministre François Legault a été clair: s’il devait y avoir un reconfinement, celui-ci ne serait pas généralisé mais plutôt ciblé. Des mesures pourraient être réinstaurées pour certaines régions ou certaines sous-régions, ce qui témoigne certainement de leçons tirées du premier confinement.

Le gouvernement et les autorités sanitaires entendent mettre en place un système de niveau d’alerte dans chacune des régions, semblable à celui qu’on retrouve pour les feux de forêt. Les indices pourraient varier du rouge au vert, en passant par le jaune et le bleu.

C’est non seulement la solution adéquate advenant une multiplication des cas qui justifierait différentes mesures de reconfinement, mais peut-être aussi la seule solution envisageable.

Le gouvernement de la CAQ a été en mesure de constater, au cours des derniers mois, que plus de 90 % des décès survenus l’ont été chez des personnes de 70 ans et plus et que la situation a surtout été problématique – pour ne pas dire catastrophique – dans les CHSLD. Si on fait abstraction de cette portion du bilan de la COVID-19 au Québec, on ne peut pas dire qu’il y a eu une situation hors de contrôle dans la population générale. Du moins, pas encore.

Confiner le Québec en entier et freiner brusquement l’activité économique avait peut-être un coût trop élevé par rapport aux effets recherchés.

Il n’est pas exclu que la fameuse deuxième vague que plusieurs appréhendent prenne plutôt la forme de plusieurs éclosions régionales ou même locales. Dans cette éventualité, l’idée de ne pas relancer des restrictions ou des fermetures mur à mur semble plus appropriée.

Cette volonté de considérer les territoires d’appartenance pour d’éventuelles mesures de confinement risque toutefois de faire des mécontents. Le premier ministre a bien indiqué qu’on pourrait envisager des reconfinements régionaux ou sous-régionaux. On comprend que dans le cas de la Mauricie–Centre-du-Québec, cela pourrait vouloir dire que s’il devait y avoir un reconfinement à Trois-Rivières, la Haute-Mauricie pourrait être épargnée. De même, dans Lanaudière, si Terrebonne ou Repentigny sont frappées par des éclosions, il n’y aurait peut-être aucune raison de paralyser Saint-Donat ou Saint-Gabriel-de-Brandon.

Même si le reconfinement «sous-régional» apparaît comme étant une solution plus sensée, cela pourrait devenir laborieux de découper des régions en sous-régions. Les modèles utilisés lors des restrictions d’accès à certains territoires, au printemps dernier, pourraient devenir pertinents. On se souviendra que l’agglomération de La Tuque avait obtenu un statut comparable à celui de certaines régions entières où l’accès était limité.

L’imposition de mesures territoriales, comme des fermetures de bars ou de restaurants ou l’interdiction de rassemblements, donnera certainement plus de souffle aux régions qui sont moins touchées.

Mais une telle action chirurgicale sur la géographie du territoire ne doit pas être la seule mesure déployée advenant une deuxième vague ou des éclosions localisées. S’il y a d’autres leçons que Québec doit avoir retenues de la première vague, c’est la nécessité d’avoir des équipements disponibles pour assurer la sécurité des interventions sanitaires. Il faut aussi être en mesure de tester efficacement et d’obtenir les résultats dans des délais acceptables. On doit aussi améliorer les opérations de traçage pour le plus grand nombre de cas possibles. Enfin, il pourrait être utile de déployer des équipes volantes prêtes à être envoyées là où les besoins sont les plus criants.

Mais avant d’en arriver à de tels scénarios, il est plus que pertinent de réitérer l’appel à la vigilance lancé par les autorités. Personne n’a envie, même si ce n’est que pour certaines portions de territoire, de replonger dans un confinement strict.