L’auteure de cette lettre fait part de sa nouvelle façon de considérer son travail de professeure à l’UQTR depuis qu’elle a vécu le lock-out.

Un nouveau départ à la suite du lock-out de l’UQTR

Audrey Groleau, professeure de didactique des sciences et de la technologie, Département des sciences de l’éducation, Université du Québec à Trois-Rivières

Le 2 mai dernier, mes 440 collègues et moi avons été mis en lock-out par mon employeur des quatre dernières années, l’Université du Québec à Trois-Rivières. Bien que j’aie été au départ surprise de cette décision de l’administration de l’université – un collègue visiblement plus lucide que moi m’avait toutefois avisée de cette possibilité –, le décret du lock-out n’a été, pour moi, que la dernière d’une longue série de déceptions faisant suite à une année rendue exagérément chargée entre autres en raison du départ d’un collègue difficile à remplacer. C’est donc dire que cette année a été éprouvante. Le lock-out m’a donné l’occasion, certes forcée, de poursuivre une réflexion relative à mon avenir amorcée depuis plusieurs mois. Voici trois de mes conclusions :

Je dois ralentir et revoir mes priorités

Je ne peux plus consacrer 60 heures par semaine à un employeur qui nous manque sérieusement de respect, notamment en nous mettant en lock-out. Désormais, ma santé et mes proches passeront avant les échéanciers artificiellement serrés et les tâches futiles. Je continuerai sans doute à travailler beaucoup, mais je ferai ce en quoi je crois et ce qui me rend heureuse : mener des recherches stimulantes, accompagner mes étudiants et étudiantes à la maitrise et au doctorat, offrir des cours de qualité, devenir mentore en enseignement auprès de collègues professeurs et chargés de cours, compléter mon 3e et dernier mandat comme rédactrice de la revue professionnelle Spectre qui porte sur l’enseignement des sciences et de la technologie…

Mes capacités sont bien plus grandes que je le pensais

J’ai toujours été une marathonienne bien plus qu’une sprinteuse. J’aime être calme, bien faire les choses, mener une réflexion de fond. Or, au cours de la dernière année, j’ai dû sprinter… toute l’année! J’ai soutenu ce rythme effréné jusqu’au décret du lock-out. Je ne pensais sincèrement pas être en mesure de faire autant de choses en si peu de temps. Je ne souhaite jamais revivre cette situation et je suis tout à fait consciente que ma santé a été mise en péril plus d’une fois, mais je me suis découvert des forces : capacité d’adaptation, de rester relativement calme devant un horaire sans doute semblable à celui d’un ministre, de prendre de bonnes décisions sous pression et de mener de front plusieurs projets d’envergure.

Je suis profondément attachée à l’enseignement et à la recherche

Au cours de la dernière année, j’ai sérieusement jonglé avec l’idée de quitter la profession. Pendant les deux semaines du lock-out, j’ai respecté l’interdiction de travailler à la lettre. Rapidement, j’ai pris conscience que je m’ennuyais de ma salle de classe, de mes étudiants aux cycles supérieurs et de mes nouveaux projets de recherche, étant récemment devenue docteure. Je ne prétends pas que je réaliserai l’ensemble de ma carrière à l’UQTR (ma retraite est prévue dans plus de 30 ans…), mais le lock-out m’a rappelé mon profond attachement pour l’enseignement et la recherche. Ce que je souhaite, au final, c’est demeurer professeure d’université. C’est pour exercer cette profession que j’ai été formée pendant de longues années; c’est ce que j’aime le plus; c’est ce que je fais le mieux.

Mon histoire est bien sûr unique, mais chacune et chacun de mes collègues pourraient rendre compte de leurs réflexions de la même façon que moi et arriver à des conclusions semblables. Ce que nous demandons, ce sont des conditions qui nous permettront de faire adéquatement notre travail tout en étant sereins et en santé, d’une part, et en retirant de la satisfaction de notre travail, d’autre part. C’est dans cet ordre d’idées que je considère que le maintien du plancher d’emploi tel qu’il figure dans la convention collective échue l’an dernier et l’expression d’un minimum de respect et de reconnaissance de la part de l’administration de l’université sont essentiels.