Récemment avait lieu un point de presse pour souligner l'acquisition de la maison de la famille Buisson pour la transformer en centre de soins palliatifs. L'auteur de cette lettre considère que même si les objectifs de la Maison des trois colombes sont louables, certaines façons de faire suscitent des questions.

Un noble projet mal ficelé

La Maison des trois colombes, qui a pour mission d'accompagner les malades en fin de vie, a franchi une étape majeure à la suite de l'acquisition par la Corporation du même nom de la «somptueuse demeure» de la famille Buisson.
D'entrée de jeu, je reconnais et salue le mérite de tous les bénévoles qui se sont dévoués pour la réalisation de ce projet social essentiel. Je me permets cependant de critiquer l'amateurisme et le laxisme de la gestion du projet qui met en cause sa pérennité.
Les raisons évoquées pour le choix du site de 300 000 pieds carrés dont le terrain évalué par la Ville est de 205 000 $, sont peu convaincantes. «Le meilleur scénario possible pour ce site exceptionnel» selon le vendeur. Le meilleur pour qui, M. Buisson? «Décor enchanteur» selon Lise Landry.
Je ne doute pas de la beauté du site, mais qui en profitera vraiment? Sûrement pas les malades en fin de vie, pour la plupart souffrants, alités et sous l'effet de la morphine. Et encore moins leurs visiteurs pour qui on a prévu des salles de repos au sous-sol.
Le député Pierre Giguère se félicite du choix du site «tout près de l'Hôpital»... au cas où un bénéficiaire tomberait malade, peut-être! Le Très Honorable Jean Chrétien, qui a recueilli 850 000 $ auprès de ses amis, avoue candidement «qu'il voulait bien embarquer dans le projet s'il se faisait au domaine Buisson». Il s'agit de pressions indues qui donnent apparence de retour d'ascenseur, et ce, au bénéfice de la riche famille «d'un grand partisan» (au dire même de M. Chrétien).
Deux questions fondamentales ont été ignorées par les dignitaires. D'abord, quels seront les coûts d'entretien récurrents et onéreux d'un si vaste terrain, été comme hiver, pour assurer la beauté du site, aussi prestigieux soit-il? Ensuite, comment et à quel prix les familles modestes et sans voiture pourront se rendre sur un site aussi excentré et inaccessible par transport public? Le petit peuple attend des réponses.
Le prix de vente est de 850 000 $, soit une plus-value de 40 % par rapport à l'évaluation municipale. Quel prix la famille aurait-elle obtenu si la maison avait été mise en vente sur le marché? On ne le saura jamais.
Je me refuse de déduire du prix de vente le généreux don de 350 000 $ de la famille car je n'oserais imaginer que le don était conditionnel au prix de vente. Quoi qu'il en soit, le prix de revient pour l'organisme est de 1 650 000 $, incluant les coûts de rénovation.
Une saine gestion de l'argent public aurait voulu que l'organisme présidé par Mme Landry fasse appel à des experts indépendants pour réaliser une étude détaillée des coûts-bénéfices comparant une construction neuve à l'acquisition d'un immeuble rénové, acquis de gré à gré entre amis et connaissances de longue date. Un contexte qui favorise la promiscuité, la complaisance, le copinage, la compromission ou pire encore?
Tout cela rappelle malheureusement plusieurs transactions immobilières douteuses sous le contrôle de l'hôtel de ville ces 15 dernières années, par l'intermédiaire de la SDS, aujourd'hui présidée par André Buisson; notamment l'achat, la vente et le rachat de l'usine Bandag par Peinture Laurentide de la famille Buisson et l'achat et la rénovation de l'usine Shalwin, propriété de la famille Champagne.
Enfin, que dire du plan de financement pour le fonctionnement de l'organisme, avec un budget annuel de 800 000 $, dont 544 000 $ en subventions du Québec et 256 000 $ provenant d'hypothétiques dons du public? Espérons que les généreux donateurs actuels, amis de Jean Chrétien et de Lise Landry, seront toujours présents lorsque ces deux éminents personnages ne seront plus de ce monde. On peut en douter.
Michel Blanchet
Trois-Rivières