Un geste ignoble

Il serait tentant de surnommer le premier ministre du Canada Stephen «Poutine» Harper. Son dernier geste de dictateur en reléguant aux oubliettes le nom de Thérèse Casgrain est ingrat et ignoble. Visiblement, il en a contre le Québec et les francophones. Les séparatistes ne sont pas tous au Québec, il y en a dans l'Ouest canadien aussi et ils seraient prêts à s'allier aux États-Unis. Il ne pardonne pas, sous ses airs froids, que le Québec lui ait tourné le dos lors des dernières élections fédérales. S'il continue sur la même voie, il n'aura pas plus de votes en 2015, mais il a l'air de s'en foutre.
En s'honorant lui-même tel que Poutine l'aurait fait, le Prix du bénévolat Thérèse-Casgrain a été remplacé par le Prix du premier ministre. C'est un coup bas indigne d'un homme qui, supposément, représente tous les Canadiens.
Ayant eu l'honneur et le privilège de côtoyer pendant quelques années Mme Casgrain qui était alors présidente d'honneur de l'Association des consommateurs du Canada (ACC) au niveau du Québec, je faisais partie du conseil d'administration en tant que présidente-fondatrice de cette association à Trois-Rivières dans les années 1970.
Malgré tous les mérites qu'on lui connaît, elle a souvent été qualifiée de «grande bourgeoise». C'était mal connaître la personne qui était d'une simplicité remarquable. Lors de conférences qu'elle donnait, entre autres auprès des plus démunis, elle enseignait comment gérer un budget familial et pour elle, chaque sou comptait.
Elle avait également son franc-parler. À la suite d'un congrès de l'ACC à Vancouver en 1972, nous devions changer d'avion à Toronto vers Montréal, mais celui qui nous était assigné a été changé pour un autre, de sorte que nous devions aller au comptoir d'Air Canada pour effectuer les changements. À la tête de notre groupe, elle a demandé a être servie en français, ce qui lui a été refusé par les hôtesses présentes. Elle a demandé à parler à quelqu'un de la haute direction et une autre hôtesse parlant français est venue à notre rencontre. Elle avait insisté sur le fait que le Canada était un pays bilingue et que nos droits devaient être respectés. Quelle femme! Également, elle avait à coeur le sort des femmes autochtones vivant sur les réserves.
Lors d'une cérémonie civique que j'avais organisée à l'hôtel de ville de Trois-Rivières avec le secrétariat du défunt maire Beaudoin, elle lui avait dit: «Comment se fait-il que vous n'avez pas de femmes au sein de votre conseil?». Il lui a répondu: «Ça viendra, madame». Elle a tellement défendu les femmes qu'elle mérite d'être défendue à son tour. Cette grande Canadienne et Québécoise doit être reconnue de tous, y compris Stephen Harper.
Jocelyne Bruneau
Trois-Rivières