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Un déni inquiétant du maire de Shawinigan

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
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OPINIONS / La Commission municipale du Québec (CMQ) vient de rendre public son rapport d’audit de performance, lequel fait état de déficiences majeures dans la gouvernance et la gestion financière de la Ville de Shawinigan.

Le rapport fait tout d’abord ressortir des lacunes quant à la viabilité financière de Shawinigan, plus particulièrement sur l’absence d’un plan financier à long terme. En gérant sa situation financière au moyen de son processus budgétaire, la Ville se limite à un horizon à court terme.

Au sujet de l’endettement de la Ville de Shawinigan, le rapport souligne que cette dernière est la 2e ville la plus endettée au Québec dans sa classe de population. En effet, l’endettement par famille est de 3755 $ comparativement à 2064 $ dans les villes comparables. Le taux global de taxation à Shawinigan est de 1,94 comparativement à 1,21 dans les villes de référence. De plus, comme le revenu médian des ménages après impôt des Shawiniganais est de 40 322 $ par rapport à 47 677 $ dans les villes comparables, les citoyens de Shawinigan consacrent une plus grande partie de leurs revenus au paiement des taxes municipales.

Or, pour faire face à ce constat accablant, le rapport souligne que la stratégie de réduction de la dette adoptée par la Ville de Shawinigan est insuffisante pour encadrer la gestion de son endettement.

Comme relevé également dans le rapport de la CMQ, la Ville ne dispose pas non plus d’une vision à long terme pour ses besoins d’investissements en infrastructures.

La CMQ met aussi l’accent sur l’encadrement inadéquat de la Société de développement de Shawinigan (SDS), le bras immobilier de la Ville. Au fil des ans, la Ville a versé d’importantes subventions et cautionné de multiples emprunts en faveur de cet organisme, sans mécanisme d’analyse préalable indépendante des projets. Les emprunts de la SDS cautionnés par la Ville s’élèvent à 35 millions $ (2019). La CMQ déplore également le manque d’information sur les retombées économiques du capital investi.

Concernant la SDS, plus particulièrement, nous nous réjouissons que la CMQ ait pu avoir accès aux données financières de cette société et qu’elle ait pu mettre en évidence les lacunes dans la gestion de cette dernière. En effet, toute intervention des citoyens pour faire la lumière sur l’utilisation des fonds par la SDS a été systématiquement déboutée par la Ville, qui alléguait qu’il s’agissait d’un tiers, et donc que les données étaient confidentielles.

Pourtant, rappelons qu’il s’agissait d’argent public, qui nécessite une reddition de comptes.

Les constats et les recommandations contenus dans le rapport d’audit ont fait l’objet d’une analyse rigoureuse et constituent une étape importante en vue d’améliorer la gouvernance et la gestion financière de la Ville. Cependant, depuis la publication de ce rapport, nous demeurons particulièrement inquiets face au double discours tenu par les instances municipales appelées à réagir.

Bien que la Ville se dise globalement d’accord avec les conclusions du rapport, il y a tout lieu de s’inquiéter des propos exprimés par le maire Angers, tels que recueillis dans l’édition du Nouvelliste du 23 mars dernier. Tout en reconnaissant l’ampleur des problèmes auxquels la municipalité fait face, le maire maintient le même discours qu’il nous a toujours servi depuis des années.

Appelé à commenter le rapport d’audit, le maire fait la remarque suivante: «C’est bien sûr un outil qui va nous permettre de s’améliorer, mais qui passe la balayeuse lorsque la maison est en feu?», une comparaison inappropriée.

Ces propos témoignent d’un manque de respect envers la Commission, qui a réalisé ses travaux de manière professionnelle et rigoureuse. Ce genre de discours reflète également l’attitude arrogante du maire, cette fois à l’égard des professionnels, tout comme à l’égard des citoyens qu’il a souvent rabroués.

Le maire en rajoute en disant qu’il a pleinement confiance en l’administration municipale dans les décisions qui ont été prises jusqu’à maintenant. «Si c’était à refaire, je referais exactement la même chose». Il conclut en disant que «la Ville souhaite collaborer et s’améliorer, mais n’envisage pas fragiliser sa situation financière pour y arriver».

En somme, le maire Angers minimise les déficiences majeures de son administration relevées dans le rapport. Avec une telle attitude empreinte de déni de sa part, comment voulez-vous que les citoyens puissent avoir confiance et espérer un changement de cap? Encore faut-il que le maire ait le courage de remettre en question ses pratiques de gestion et que s’opère un véritable changement de culture au sein de l’Hôtel de ville.

Les défis sont de taille. La Ville doit privilégier une gestion responsable et prudente de ses finances, axée sur les priorités en matière d’offres de services et qui tient compte de la réalité socioéconomique. Quant à la SDS, les décisions doivent cesser d’être prises en vase clos et devraient toujours tenir compte de l’intérêt public.

Robert Houle

Shawinigan