Un défi incontournable

L'auteur, Yves-Thomas Dorval, est le président-directeur général du Conseil du patronat du Québec.
Plusieurs rapports d'experts sur l'état des finances publiques du Québec déposés récemment, dont celui des économistes Luc Godbout et Claude Montmarquette, ont brossé un portrait plutôt sombre de la situation financière du Québec. Le budget du Québec, présenté début juin, par le ministre des Finances, Carlos Leitão, a confirmé ce constat: plus que jamais, le Québec vit au-dessus de ses moyens et se trouve en situation de déficit structurel.
Selon ce budget, le déficit pour l'exercice budgétaire 2013-2014 atteint 3,1 milliards $ et se chiffrera à 2,35 milliards $ en 2014-2015. Le Québec est, par ailleurs, aujourd'hui confronté à une dette publique qui ne cesse d'augmenter, à de faibles prévisions de croissance économique, de même qu'à un vieillissement démographique de plus en plus marqué.
Force est de constater que, dans ce contexte, il sera de plus en plus difficile pour le Québec de continuer à financer les généreux programmes qu'il s'est donnés au fil des ans sans un impact significatif pour les générations futures, à moins que ne soient apportés des changements substantiels dans nos façons de faire.
La principale question que nous devons nous poser, comme société, est de savoir pourquoi le Québec doit toujours être plus généreux qu'ailleurs en Amérique du Nord alors que sa richesse collective est plus faible et sa dette publique plus élevée. Il faut donc se demander, d'une part, comment moduler nos programmes et nos dépenses en fonction de notre capacité de payer, et, d'autre part, comment accroître notre richesse collective. Il n'existe pas de solution magique.
Le gouvernement se doit d'examiner méticuleusement chacun de ses programmes, de même que ses structures administratives et de gouvernance, en les comparant notamment à ce qui existe ailleurs au Canada. Aussi longtemps que notre richesse sera inférieure à la moyenne canadienne, nos programmes ne pourront pas être plus généreux qu'ailleurs; ils devraient être ramenés à la moyenne.
Heureusement, la population et les élus prennent de plus en plus conscience du mur vers lequel se dirige le Québec si nous adoptons la politique de l'autruche et maintenons le statu quo.
L'adoption du principe de cran d'arrêt sur les dépenses publiques, à savoir qu'aucun nouveau programme ne sera autorisé sans être compensé par des économies ailleurs dans l'appareil gouvernemental, et la mise sur pied rapide de la Commission de révision permanente des programmes et de la Commission d'examen sur la fiscalité québécoise constituent en ce sens d'excellentes nouvelles, car elles permettent, à court terme, le ralentissement nécessaire de la croissance des dépenses publiques et, à long terme, une analyse rigoureuse et exhaustive à la fois des dépenses et des revenus de l'État.
Le même effort de réflexion doit être entrepris pour ce qui est de notre potentiel de création de richesse qu'il faut libérer, que ce soit sur le plan de nos ressources naturelles, dont les hydrocarbures, ou celui de notre système de santé ou dans d'autres domaines. D'autres pays l'ont fait. Nous avons tous les atouts pour le faire, il n'y faut que de la volonté.
Au-delà de ces considérations, la prospérité du Québec, qu'on le veuille ou non, dépend aussi de la reconnaissance des Québécoises et des Québécois de la contribution importante des entreprises dans la création de la richesse collective et la croissance économique, et de leur soutien à cet égard. Sans cette croissance et sans cet appui, il deviendra impossible de maintenir ou d'améliorer divers programmes essentiels à la qualité de vie des citoyens, notamment en éducation et en santé.