Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Un défi de communication

Article réservé aux abonnés
ÉDITORIAL / Il n’y a plus vraiment de doute: le Québec se dirige tout droit vers un confinement plus strict pour freiner la propagation de la COVID-19. 

On saura mercredi en fin de journée de quoi aura l’air le plan de match du gouvernement québécois mais comme tout le monde semble s’attendre au pire, aussi bien y aller en donnant un sérieux coup de barre.

Le défi, pour le premier ministre François Legault, sera de communiquer efficacement ces mesures en apportant les justifications appropriées pour chacune d’entre elles. Surtout pour un couvre-feu, si on va jusque là. Parce que les Québécois n’ont pas connu l’imposition d’une telle mesure, contrairement aux habitants de plusieurs pays européens depuis le début de la pandémie.

Depuis lundi, on sent bien que quelque chose se trame dans le processus de décision concernant une prolongation du confinement des Fêtes. La conférence de presse du premier ministre et du directeur national de la Santé publique devait initialement avoir lieu mardi, mais a été repoussée à mercredi. Les recommandations de la Santé publique étaient, semble-t-il, à ce point percutantes qu’il a fallu multiplier les contacts avec les différents ministères et établir un plan de match pour le déploiement de nouvelles mesures.

L’imposition d’un nouveau confinement total pour une durée de trois à quatre semaines de plus serait donc envisagée. Le constat est clair: la pandémie de COVID-19 est hors de contrôle au Québec et il faut une fois de plus serrer la vis.

Les chiffres des derniers jours ne mentent pas: le nombre de nouveaux cas quotidiens dépasse les 2000, les hospitalisations sont en hausse, tout comme le nombre de personnes aux soins intensifs. La pression sur le système de santé est devenue trop forte et c’est là-dessus que doit reposer la décision gouvernementale.

Heureusement pour le premier ministre, il semble y avoir une réelle ouverture, dans la population et chez plusieurs entrepreneurs, envers l’imposition de mesures plus strictes. Les exemples de pays où on a imposé un confinement musclé, parfois même en décrétant des couvre-feux, nous démontrent que la méthode forte fonctionne. Mieux, en tout cas, que des mesures volontaires, des recommandations, des confinements partiels, des mini-déconfinements, et patati, et patata.

Le défi 28 jours en octobre n’a pas fonctionné. La pause du temps des Fêtes non plus. Il faut envisager le retour au confinement et l’application de mesures plus strictes.

C’est une opération extrêmement délicate pour le gouvernement Legault, principalement en ce qui concerne la fermeture des écoles. Si on observe différentes variations sur le thème de la résignation dans plusieurs secteurs d’activité, celui de l’enseignement fait figure d’exception. On s’inquiète des conséquences de garder les élèves, surtout ceux du primaire, à la maison. Le besoin de socialisation et la nécessité de favoriser la réussite scolaire passent nécessairement par une présence en classe pour bon nombre d’enfants. Déjà, depuis lundi, des experts et des intervenants du milieu de l’enseignement insistent sur la nécessité de maintenir une part d’enseignement à l’école.

La question du couvre-feu demeure aussi toute une patate chaude pour le gouvernement. Les personnes qui protestent contre certaines mesures parce qu’elles briment leurs petites libertés individuelles seront certainement au rendez-vous, si l’hypothèse recommandée par la Santé publique se confirme, pour hurler au liberticide.

Une telle mesure est déjà utilisée dans des pays comme la France, la Belgique, l’Italie et, plus récemment, l’Allemagne. La réduction des déplacements et l’incitation à demeurer à la maison permettraient de limiter l’explosion du nombre de nouveaux cas. Si François Legault va de l’avant avec une telle mesure, il devra en avoir évalué l’applicabilité et les modalités d’exception. C’est tout un casse-tête.

Et ça doit aussi en être un pour déterminer de quelle façon on fera passer de tels messages à la population. Si on demande de nouveaux sacrifices et qu’on impose de nouvelles contraintes à une population déjà excédée par les impacts des mesures sanitaires, il faudra en démontrer le bien-fondé et les bienfaits potentiels. Il faudra aussi démontrer ce que le gouvernement est lui-même disposé à faire en contrepartie.

À ce niveau, l’accélération du processus de vaccination pour le personnel de la santé devrait être une priorité. Tout comme le déploiement de mesures d’aide aussi significatives que celles mises en place au printemps dernier.

Une des préoccupations majeures qui devrait servir d’argument demeure la situation des hôpitaux. S’il fallait augmenter d’un cran les opérations de délestage, cela pourrait avoir un sérieux impact sur l’état de santé de personnes non atteintes par la COVID-19. Également, la surpopulation des unités de soins intensifs pourrait signifier, à court terme, la mise en place du protocole relatif à la priorisation pour l’accès aux soins intensifs en contexte extrême de pandémie. Le document, récemment mis à jour par le ministère de la Santé et des Services sociaux, prévoit la procédure à suivre si les hôpitaux et les unités de soins intensifs deviennent à ce point surchargés qu’il faille faire des choix déchirants.

C’est d’ailleurs cette pression sur les établissements de santé qui doit nous faire réfléchir sur nos actions individuelles et qui doit, nécessairement, guider les actions gouvernementales pour freiner la propagation du virus.

Après, c’est la recette pour faire passer cette bouchée difficile à avaler qui devient un défi de taille.