Un cône et un trou

Je suis ce pauvre vieux cône orange, montant la garde à l'angle des rues Frontenac et Sainte-Hélène, à Shawinigan.
Des gens m'ont placé à cet endroit au mois de mai. J'ai passé tout l'été sous la pluie, à la merci des automobilistes, maugréant et vociférant contre moi.
Mes pauvres jambes et la base de mon corps n'en peuvent plus, on me bouscule, je nuis à la circulation, je me retrouve parfois au sol et on me dit que je suis une cause potentielle d'accident, pourtant je ne fais que mon travail, je protège un trou. 
On me maintient au même endroit, j'ai l'air d'un clochard abandonné, je protège un trou qui n'en finit plus de s'enfoncer. Venez à mon aide ou envoyez-moi un remplaçant, je ne pourrai survivre à l'automne qui s'en vient. Si au moins, j'étais avec mes amis, sur la rue Saint-Marc... Mais non, je suis seul, je me sens abandonné, je suis triste, malgré que j'aie le plaisir de protéger ce trou et les automobilistes qui gravitent autour.
Je ne demande pas que vous veniez y déposer des fleurs, mais une quantité suffisante de gravier et d'asphalte pour soigner la blessure de ce trou et me donner un congé bien mérité, à la plus grande joie des automobilistes.
Merci de me lire, de me comprendre et surtout d'agir.
Guy Arcand
Shawinigan