Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Un carrefour des lecteurs et non des fraudeurs

ÉDITORIAL / Il y a peut-être des mailles à resserrer dans le filet de protection qui s’assure de l’identité des lecteurs qui signent des lettres destinées à la section Opinions du Nouvelliste, mais il y a aussi, certainement, quelques blâmes à adresser à des politiciens ou politiciennes sans vergogne qui croient être les plus astucieux en tentant délibérément de déjouer le système.

Une lettre signée par une personne qui n’existe apparemment pas se serait faufilée jusque dans les pages du Carrefour des lecteurs du Nouvelliste, en novembre 2018. C’est l’ex-maire Yves Lévesque qui, avec ce qu’il estime être des preuves, a soulevé cette situation mardi sur les ondes de la radio FM 106,9. Il affirme que c’est la conseillère municipale Valérie Renaud-Martin qui aurait eu recours à un prête-nom pour publier une lettre dans Le Nouvelliste.

Cette lettre, signée par un certain Jocelyn Bérubé, soulevait plusieurs questions sur le travail de la conseillère Ginette Bellemare, qui était alors mairesse suppléante. Une lettre comme Le Nouvelliste en reçoit régulièrement.

Mais selon l’ex-maire Yves Lévesque, son ex-collègue au conseil municipal – et ex-adversaire lors des élections fédérales – aurait tenté de trouver un signataire ou un expéditeur pour la lettre en question. Valérie Renaud-Martin, de son côté, offre une tout autre version de l’histoire, insistant sur le fait qu’elle n’est pas l’auteure de la lettre et qu’elle n’a fait que la relayer par courriel à l’ami qui l’aurait écrite.

Peu importe qui se cache derrière cette lettre, si les allégations sont fondées, nous ne pouvons que déplorer deux choses.

D’abord, que nos mécanismes de vérification et de validation de l’identité des auteurs qui nous soumettent des lettres d’opinion n’aient pas permis d’empêcher la publication de la lettre. Le Nouvelliste reçoit annuellement entre 2000 et 2500 lettres d’opinion destinées au Carrefour des lecteurs ou à notre section Points de vue. Nous exigeons que les lettres soient signées et que les auteurs fournissent également leur adresse et leur numéro de téléphone. Nous ne publions pas ces informations, mais elles nous sont nécessaires pour valider l’identité, ce que nous faisons normalement dès qu’une lettre nous apparaît louche, injurieuse ou diffamatoire, par exemple.

Vraisemblablement, la lettre en question est passée entre les mailles du filet et nous nous en excusons. Parce que la publication remonte à près de deux ans, il nous a été impossible de retracer l’original de la lettre ou les coordonnées du signataire. Il ne nous est donc pas possible de savoir avec certitude si, dans ce cas précis, il y a eu ou non une validation d’identité.

L’autre chose qu’il faut déplorer, c’est que des personnes aient des desseins aussi tordus et aussi malhonnêtes pour faire valoir leurs idées ou pour dénigrer des comportements ou des positions politiques différentes des leurs. Nous ignorons qui est réellement derrière la lettre de ce monsieur Bérubé, mais nous ne pouvons que réprouver cette façon de faire.

Nous tenons tout de même à rassurer nos lecteurs. Sur les centaines de lettres que nous recevons, plusieurs ne sont pas publiées justement parce qu’il y a des vérifications qui sont effectuées en amont ou simplement parce qu’elles ne sont pas conformes aux règles de politesse ou de courtoisie élémentaires.

Nous avons beau prendre le plus de précautions possible, il y aura toujours des personnes mal intentionnées qui voudront pousser leur chance.

Le plus triste, c’est que ce sont des personnes engagées en politique qui semblent vouloir utiliser un tel stratagème. Ou qui en profitent au passage pour écorcher un média d’information qui se fait pourtant une fierté de maintenir un espace ouvert pour les commentaires des lecteurs.