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Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Le ministre Éric Girard a choisi de ne pas appuyer à fond sur la pédale de frein. La pire chose à faire aurait été d’être chiche sur les dépenses liées aux missions essentielles de l’État comme la santé et l’éducation, alors que bien des citoyens sont toujours durement frappés par les conséquences de la pandémie.
Le ministre Éric Girard a choisi de ne pas appuyer à fond sur la pédale de frein. La pire chose à faire aurait été d’être chiche sur les dépenses liées aux missions essentielles de l’État comme la santé et l’éducation, alors que bien des citoyens sont toujours durement frappés par les conséquences de la pandémie.

Un budget sage mais incomplet

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ÉDITORIAL / D’un point de vue strictement économique ou même politique, le budget présenté jeudi par le ministre des Finances, Éric Girard, est un budget correct. Prudent. Sage. À la limite conservateur. Mais d’un point de vue humain, il laisse bien des personnes sur leur appétit.

Le budget hors norme déposé cette semaine est un budget d’intendance. Le défi était considérable: trouver un équilibre entre des dépenses toujours nécessaires pour pallier les effets de la pandémie et amorcer de façon crédible et rigoureuse le retour à une certaine normalité budgétaire. À cet égard, l’idée de suspendre temporairement l’application de la Loi sur l’équilibre budgétaire, qui oblige le gouvernement à revenir au déficit zéro dans cinq ans, est bien avisée. Il faudra sept ans, estime le ministre des Finances.

Cette manoeuvre devrait donner au gouvernement la latitude nécessaire pour éviter de devoir se lancer dans une opération de compressions brutales. Parce que la pandémie aura provoqué un déficit de 15 milliards $ au Québec pour l’année financière 2020-2021 et un autre de 12,3 milliards $ pour 2021-2022.

Le ministre Éric Girard a choisi de ne pas appuyer à fond sur la pédale de frein. La pire chose à faire aurait été d’être chiche sur les dépenses liées aux missions essentielles de l’État comme la santé et l’éducation, alors que bien des citoyens sont toujours durement frappés par les conséquences de la pandémie.

En sept ans, l’économie aura plus de temps pour retrouver un rythme plus normal.

Mais dans ses points les plus faibles, ce troisième budget du gouvernement de la CAQ manque peut-être un peu d’audace. Pour relancer l’économie, il faut nécessairement parler de grandes initiatives en matière d’infrastructures, de projets qui n’auraient pas vu le jour dans un contexte plus régulier. Le budget prévoit certes des montants pour les infrastructures existantes ou projetées: le plan d’investissements en infrastructures est bonifié de 4,5 milliards $. Mais on a presque l’impression que c’est pour des interventions qui auraient été réalisées de toute façon ou qu’on a trop souvent reportées à plus tard.

Quoi qu’il en soit, si on veut redémarrer l’économie, il faut donner un pouvoir économique aux citoyens, les faire travailler, pour leur redonner leur rôle de consommateurs.

L’autre faille de ce budget se trouve dans l’aide aux plus vulnérables. À ceux et celles qui ont besoin d’un coup de pouce autre que la satisfaction d’avoir un emploi et un pouvoir d’achat.

Le milieu communautaire fait partie des groupes qui sont restés sur leur appétit à la suite de la présentation du budget. Les organismes dont la mission se déploie en santé et en services sociaux avaient des attentes élevées, eux qui ont été des joueurs importants pour limiter les effets de la pandémie. Mais les sommes versées ne sont pas à la hauteur de leurs attentes et surtout pas à la hauteur de leurs besoins grandissants.

Difficile d’imaginer quel pourrait être le portrait du réseau de la santé sans le travail accompli par les organismes d’aide aux plus démunis. Les soutenir convenablement permettrait non seulement d’honorer leur reconnaissance comme services essentiels, mais leur donnerait surtout la possibilité de répondre aux besoins de leurs utilisateurs.

Au nombre des laissés-pour-compte se trouvent aussi les maisons d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale. Le budget prévoit 22,5 millions $ sur cinq ans, ce qui apparaît bien mince en cette période marquée par sept féminicides en autant de semaines. Quatre millions et demi de dollars par année pour une centaine de maisons qui offrent des services vingt-quatre heures par jour, sept jours sur sept, c’est en effet bien mince.

Heureusement, il semble y avoir une ouverture du ministre des Finances et de sa collègue responsable de la Condition féminine pour que ces sommes puissent être bonifiées. Ce serait déjà ça.