Il faut plutôt réduire notre consommation de pétrole.

Trois vérités sur le pétrole

Nous savons trois choses à propos du pétrole qui sont largement acceptées par la population, la communauté scientifique et les élites économiques. La ressource est limitée, la pérennité de notre modèle économique actuel est basée sur un prix abordable et le cycle du pétrole, de la prospection à la combustion, génère des émissions polluantes qui contribuent au réchauffement climatique et altèrent notre environnement.
Considérant que la quantité de pétrole récupérable sur la terre est limitée et que les nouveaux gisements sont de plus en plus difficiles à atteindre, notre premier réflexe collectif devrait être normalement de tout mettre en oeuvre pour réduire notre consommation afin d'en profiter le plus longtemps possible.
Pourtant, nous assistons au contraire. La toute puissante industrie automobile nous bombarde de publicités sur toutes les plates-formes médiatiques possible. Une voiture neuve nous gratifie l'ego et ainsi croît le parc automobile. Les commerces de roulottes pullulent le long des routes, entraînant insidieusement les campeurs de luxe à augmenter le nombre de chevaux-vapeurs pour tirer leur palace roulant.
On balise le Saint-Maurice pour attirer les plaisanciers et leurs gros bateaux à moteur. Les loisirs motorisés sont valorisés comme étant le summum de la liberté individuelle. Notre mode de vie incite à la consommation et contribue à l'accroissement de la demande.
D'autre part, la demande mondiale pour le pétrole est en croissance, ce qui entraîne également les prix à la hausse. Cette augmentation a un effet direct sur notre portefeuille et contribue à la hausse du coût de la vie (transport, alimentation, chauffage, loisirs). Nous y avons goûté depuis quelques années, sans pour autant modifier nos comportements. Où se situera le seuil au-delà duquel le prix à la pompe entraînera des changements drastiques dans nos habitudes de vie? Plus nous sommes assoiffés, plus nous le saurons rapidement, les lois du marché s'en chargeront bien tôt ou tard.
Nous savons aussi qu'utiliser notre voiture entraîne inévitablement de la pollution et contribue à accélérer les changements climatiques. Pourtant, on continue à faire tourner le moteur pour rien, on snobe le covoiturage et les transports collectifs, on réclame plus de routes, de stationnements, on grogne contre les cyclistes avec qui on partage la route. On subventionne des courses automobiles. On spolie des terres agricoles nourricières pour quelques gouttes de carburant afin d'étancher notre insatiable appétit. Les compagnies pétrolières font le plein de profits. Les gouvernements pompent des taxes. Des écosystèmes vierges sont souillés à jamais. Des citoyens s'inquiètent et prennent rapidement conscience que le modèle actuel nous conduit dans un cul-de-sac économique et environnemental.
En sachant tout cela, que pouvons-nous faire collectivement? D'où viendra le leadership pour créer un momentum du changement? Faut-il laisser opérer les lois du marché? Je suis d'avis qu'on devrait plutôt miser dès maintenant sur des politiques audacieuses qui mettent notre imagination et notre créativité à profit pour construire un modèle de développement où le pétrole, une formidable source d'énergie et une matière première essentielle, est utilisé de façon intelligente, sécuritaire et raisonnable.
Dans quelques siècles, quand nos descendants analyseront notre modèle énergétique actuel, ils seront consternés de voir à quel point nous avons gaspillé effrontément cette précieuse ressource qu'est l'or noir, en plus d'entretenir des conflits armés meurtriers pour sécuriser notre approvisionnement.
Luc Arseneault
Saint-Boniface